La maison des Hollandais, Ann Patchett

Comme dans Orange amère, Ann Patchett joue avec la temporalité, instaure un dialogue entre passé et présent. Le narrateur, Danny, a grandi dans une maison majestueuse d’Elkins Park, entouré des deux domestiques qu’il adorait, de sa sœur et de son père. Sa mère a disparu alors qu’il était encore petit, évaporée loin de cette demeure, étouffante pour cette femme aux aspirations de sainte, magique pour les deux enfants qu’elle laissait derrière elle. À son départ, des années heureuses, racontées par le ton teinté de nostalgie de Danny, réminiscences de son enfance alors qu’il était materné par sa grande-sœur, avant qu’Andrea n’arrive. Présente dès la scène d’ouverture, elle n’a pourtant pas sa place dans le bonheur des deux héros, elle s’est imposée peu à peu et a épousé le père, envahissant durablement la maison avec Norma et Bright, ses filles. Plus rien ne fut alors comme avant, Danny et Maeve se sentant indésirables chez eux puis le devenant réellement, chassés par Andrea. Alors, pendant des décennies, ils reviennent souvent se garer devant les multiples fenêtres de la maison des Hollandais, contemplent la façade, observent les pièces s’illuminer les unes après les autres à la nuit tombée, à la manière des narrateurs de Virgin Suicides. Ces moments passés dans l’intimité chaleureuse et enfumée de la voiture de Maeve agissent comme des pauses narratives et viennent impulser les souvenirs, provoquant le doux tourbillon qui emporte le lecteur – odeurs poussiéreuses mais dorées, jolies coquecigrues, lumière particulière, saveurs sucrées de la tarte aux pommes de Jocelyn, portrait de Maeve en manteau rouge sur fond de papier peint aux roses et hirondelles.

Ann Patchett signe donc un roman ancré dans la littérature américaine. Elle persiste ainsi à évoquer la famille et sa complexité, à raconter l’enfance puis l’adolescence, les études et enfin l’achèvement du cycle, la construction d’une nouvelle famille. En s’attardant sur les détails de la maison, elle cueille les étoiles dans le ciel et en illumine les yeux du lecteur, le transporte dans les années 1960, effleurant du doigt le contexte pour mieux embrasser la tendresse de la belle et rare relation fraternelle au cœur de son roman.   

Merci aux éditions Actes Sud qui, en contribuant à enrichir aVoir-aLire, ont contribué à enrichir Pamolico.

Ann Patchett – La maison des Hollandais (The Dutch House)
Actes Sud
6 janvier 2021
320 pages
22,50 euros

Ils en parlent aussi : Charlotte Parlotte, Mes échappées livresques, Manon lit aussi, Worldcinecat, Histoires d’en lire, La flibuste des rêveurs, Books, moods and more, Mon petit carnet de curiosités, Mademoiselle Maeve, 1000 et 1 livres, Mumu dans le bocage, Mot à mots, La librairie d’Hélène

13 réflexions sur “La maison des Hollandais, Ann Patchett

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