Miarka, Antoine de Meaux

Parce qu’il faut se souvenir, même si savoir « l’Inquisition, la Saint Barthélémy, la vie dans les tranchées » (p245), savoir les guerres n’a pas empêché la Shoah.

Si la France connaît le nom de Simone Veil et, depuis quelques temps déjà, son histoire de rescapée des camps, Denise Jacob, sa sœur, n’a pas marqué les esprits autant qu’il l’aurait fallu. Résistante, la jeune fille aux tresses blondes et au vélo vole dans les rues de Lyon pour distribuer informations et documents suspects à ses camarades. Après son camp de scouts, celle qui se fait appeler Miarka ne retourne pas à Nice auprès de ses deux sœurs, de son frère et de leurs parents – elle écoute leurs conseils et enfouit ses sentiments sous la raison. Dans sa ville natale, elle risque l’arrestation. Allemands et Italiens se succèdent dans les rues lumineuses porteuses d’un message faussement joyeux. Alors elle pédale dans le quartier de la Croix-Rousse, elle réfléchit, rencontre, se rappelle et puis oublie pour ne pas compromettre. Comme soleil, comme lien à la vie, les lettres qu’elle reçoit de sa mère et de Simone et de Milou, ses trois étoiles dans sa nuit de solitude glacée et de pauvreté. Pourtant, si le quotidien est dur, froid, éprouvant, ce n’est rien à côté de ce qui attend Denise. Arrêtée lors d’une opération particulièrement risquée, elle échoue finalement à Ravensbrück, camp de concentration de femmes et d’enfants. Plus de missives pour illuminer l’horreur et l’obscurité mais des corvées qui se suivent et se ressemblent, qui maltraitent les corps presque autant que les esprits, malmenés par la vermine et par la faim, par la peur et par la cruauté des nuages de fumée qui émanent du bâtiment voisin. Et puis le retour à la vie, goût de cendre et impossibilité d’effacer les images, surimpression de la réalité irréelle de son nouveau destin de miraculée.

Antoine de Meaux raconte avec beaucoup de justesse, de pudeur mais aussi d’émotion ce que fut la vie de Miarka, qu’il a bien connue. Il s’appuie sur les lettres, crée un livre aux trois visages – la presque insouciance de la résistance, l’épistolaire et la dureté encore légère, puis l’abject, l’inconcevable des camps, expurgés de toute douceur, et enfin la difficile réadaptation au-dehors, à la vie oubliée enfin retrouvée mais blessée d’amour, mutilée par les pertes et le chagrin. Sensible, sa plume est empreinte d’échos et de poésie là où seule est attendu l’abominable. Parfois, l’auteur intervient à la première personne, rattache l’expérience de son parcours mémoriel aux faits, aux noms, aux corps. Il lie le charnel à l’intellectuel, fait éclore des vers de la cendre de ses pages les plus noires.

Les photographies de la famille Jacob proviennent de Libération, du Times of Israel et du blog Choses vues.

Antoine de Meaux – Miarka
Phébus
1 octobre 2020
256 pages
18 euros

Ils en parlent aussi : L’Ivre lecteur. Les libraires masqués du grenier, Lignes sauvages

5 réflexions sur “Miarka, Antoine de Meaux

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