Virgin Suicides, Jeffrey Eugenides

Virgin Suicides retrace davantage l’histoire d’une obsession que celle de personnages. Tout le roman de Jeffrey Eugenides repose sur une très nette opposition entre « nous » et « elles ». Le narrateur ne se nomme pas, il se contente de raconter ce que lui et son groupe d’amis ont vu. Il évoque l’histoire des Lisbon, famille de sept dont les filles se suicident toutes, les unes après les autres. Depuis la maison d’en face, les garçons observent, espionnent, à l’image du L. B. Jeffries de Fenêtre sur cour. Les cinq adolescentes semblent évoluer dans une cage ou dans un aquarium, scrutées par ceux qui fantasment sur ces cinq visages pâles auréolés de cheveux blonds, se confondant tous dans leur esprit de préadolescents aux hormones chatouilleuses. Elles vivent dans un huis-clos que le lecteur imagine étouffant, presque insupportable. Mises sous cloche peu à peu par leurs parents après la mort de la benjamine, le roman se resserre de plus en plus autour d’elles, laissant présager d’une issue bien sombre.

Pour autant, si le ton cynique du narrateur laisse transparaître l’horreur du destin de Therese, Lux, Bonnie, Cecilia et Mary, la rue et les murs qui les isolent de ceux qui les voient créent une distance entre elles et le lecteur, distance accentuée par l’humour noir qui imprègne le récit. Semblables à des spécimens soumis à des expériences psychologiques, elles frôlent la vie sans pouvoir la goûter, apparaissent dans un couloir de leur lycée avant que l’ombre de leur professeur de père ne les rappelle à l’ordre, effleurent les mains des garçons qu’elles croisent et rêvent d’embrasser. Elles se bercent de musique et d’illusions pour oublier, extra-terrestres lointaines à l’existence bien terne. La maison se décrépit peu à peu, les rapprochant de l’inévitable, comme sentant que ses petites habitantes n’en ont plus pour longtemps à lutter pour une vie dont elles ne veulent pas…

Jeffrey Eugenides – Virgin Suicides (The Virgin Suicides)
Points
254 pages
7 €

Ils en parlent aussi : Les petits mots d’Aurélie, Illégitimes

17 réflexions sur “Virgin Suicides, Jeffrey Eugenides

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