En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut ; Christian Cailleaux

Olivier Bourdeaut a décidé de transformer la folie dure en folie douce, de teinter de poésie et d’absurde les délires éthérés. Avec ses phrases qui riment, ses mots qui se font écho, ses expressions désuètes, familières ou esthètes, l’auteur fait décoller ses personnages et son lecteur, leur offre un écrin de tendre déraison, un château en Espagne, un oiseau exotique au nom ostentatoire et des aventures proches de chimères. Il avait ainsi remporté notamment le prix RTL Lire en 2015 pour ce roman.

Le jeune narrateur est le fils d’un couple extraordinaire, rêveur et pleins de délicieux excès. Mais sa mère qui vouvoie tout un chacun, change de prénom à chaque lever de soleil et flâne avec indolence entre cocktails et invités de ses fêtes dignes de Gatsby, a un esprit qui ne peut résister à la réalité. Elle déambule dans ses nuages, dans son monde qui pétille de bulles de champagne, suivi partout par Georges, son mari amoureux. Quand les soucis de la vie les rattrapent, les pensées d’Hortense bientôt Renée ou Liberty virent à l’orage et les deux adultes, qui sont parfois moins adultes que leur enfant, essaient de maintenir à flot le navire pour que leur fils grandisse heureux dans un mirage du bonheur d’avant, des soirées éternelles, des danses célestes et de la mélodie langoureuse et mélancolique de Mister Bojangles de Nina Simone. La folie se pare donc d’une lumière chaude et ambrée, de paillettes, de fils de rêves et s’éloigne d’un réalisme parfois cru ­– celui du Bal des folles de Victoria Mas ou de La salle de bal d’Anna Hope.

Pour ses cinq ans, En attendant Bojangles reparaît illustré par Christian Cailleaux dont les vignettes dessinées faussement naïves et les aquarelles pleine page, poétiques et aériennes, subliment le texte d’Olivier Bourdeaut, fait d’échos et de résonances. L’illustrateur nous avait déjà séduit dans Gramercy Park, bande-dessinée où son trait léger accompagnait la douce poésie mystérieuse de Timothée de Fombelle. Moins chargées que dans ce précédent ouvrage, ses esquisses atteignent ici des sommets de délicatesse azur et côtoient le croissant de lune où l’héroïne est assise, jambes ballantes et regard songeur.

Merci aux éditions Finitude qui en contribuant à enrichir aVoir-aLire, ont également contribué à enrichir Pamolico.

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