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Critiques, séries historiques

The Queen’s Gambit (Le jeu de la dame), Scott Franck

Adaptée d’un roman de Walter Trevis par Scott Frank et Allan Scott, la série The Queen’s Gambit (Le jeu de la dame) met en scène une joueuse d’échecs hors-pair. Beth Harmon est orpheline et quand le spectateur fait sa connaissance : elle vient de perdre sa mère dans des circonstances étonnantes qu’elle ne comprendra jamais vraiment. Déposée par une assistance sociale dans un pensionnat où une vingtaine d’enfants et d’adolescentes cohabitent, la fillette se lie d’amitié avec Jolene puis avec l’homme à tout faire, croisé lorsqu’elle va taper les brosses à craies dans le sous-sol. Fascinée par le jeu auquel il s’adonne en solitaire, elle l’observe et insiste tant qu’il finit par céder et l’initie aux échecs. Rapidement, l’élève dépassera son professeur, seule figure paternelle qu’elle connaîtra jamais, et c’est le début de la vocation de Beth qui, de fil en aiguilles, accèdera aux plus hautes sphères de la discipline.

Devenue adolescente, la fillette rousse cède la place à Anya Taylor-Joy qui, bien que mal fagotée de prime abord et coiffée comme elle l’a toujours été – avec une frange extra-courte – deviendra une icône féminine en même temps qu’elle se hissera peu à peu en haut du championnat américain. La protagoniste dépare dans cet univers très masculin : Laurent Verat, ancien directeur de la fédération française des échecs confiait à RFI qu’il n’y a eu « qu’une seule joueuse à atteindre le top 10 mondial, c’est la Hongroise Judit Polgar. Elle jouait avec les hommes car les parties sont mixtes. »

Nous sommes alors dans les années 1960 et les tensions entre États-Unis et Russie sont palpables. Elles se traduisent par une lutte acharnée des joueurs américains pour égaler et dépasser les maîtres soviétiques.

 The Queen’s Gambit, c’est donc aussi une plongée dans l’atmosphère inimitable des sixties – les chansons entraînantes et langoureuses de la bande-son, les vieilles voitures, les couleurs pimpantes des tenues de ces dames, par opposition aux robes monochromes de l’héroïne, assorties à son échiquier. Seule ombre au tableau : Beth a développé une addiction aux calmants qu’on distribuait aux enfants à l’orphelinat avant qu’une loi n’interdise de donner de telles drogues aux enfants. Sans elles et sans un cocktail Gibson qu’elle apprécie autant que sa mère adoptive, la jolie rousse se voit dans l’impossibilité de faire fonctionner son incroyable cerveau. À croire que tous les génies de la terre sont dépendants de substances plus ou moins dangereuses… Après Donna Tartt, son Theodor (Le Chardonneret) et ses philosophes disciples de Dionysos (Le Maîtres des Illusions), après le Nic Sheff de Felix Van Groeningen (My Beautiful Boy), voici Beth Harmon, capable de faire danser les pièces sur le plafond de sa chambre, de créer un ballet monumental qui ne sera pas sans rappeler Harry Potter (Dudley Dursley est d’ailleurs au casting…) et donc, Alice au Pays des merveilles.

Les joueurs d’échecs apprécieront davantage les sept épisodes de cette série qu’un non-initié – Bruce Pandolfini a créé 350 parties pour la série et s’est chargé de coacher les acteurs. Malgré tout, même ceux qui ne s’y connaissent pas vraiment salueront l’ambiance et l’intrigue de cette réalisation notoire, féministe, piquante et malicieuse.

Ils en parlent aussi : Geek ta mère. Focalité. Toutsavoir sur les échecs. Séries de films. Les rêveries de Mademoiselle M. Matière à penser. Salles obscures. Sine. Blog 505. Phantasmagory. Chez Marnie. Watch buddy. My daily breath, Séries flix avis. Culture vsnews. Hauntya. Valvita. Mallys. Avis 2 femmes. Coquecigrues et ima-gi-nuages. Les dégustations littéraires. Les voyages de Ly. Patate des ténèbres, Au pays des cave trolls, Les chroniques de Milleca, D’Estelle à Simone

23 réponses sur « The Queen’s Gambit (Le jeu de la dame), Scott Franck »

Merci pour ta mention ! Ton article résume parfaitement la série, mieux que les quelques mots que j’ai glissé d’ailleurs. C’est une histoire vraiment brillante à tous points de vue, le casting est au top, et moi aussi, j’ai adoré cette atmosphère des années 60 avec la menace de la Guerre Froide, la tension entre Amérique et Russie. C’est vraiment une des meilleures séries de ces derniers temps, tout simplement. Et quelle ambiance ! Ça m’a donné envie de bouquiner la biographie de Bobby Fisher, qui est dispo dans ma bibliothèque.

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Non, j’ai bien aimé ta chronique aussi ! L’ambiance est vraiment top, c’est sûr, le spectateur est emporté dans ce tourbillon, totalement immergé.
Moi ça m’a donnée envie de jouer aux échecs et de me remettre au russe 😉 quant au roman de Walter Trevis, si je le vois passer je n’hésiterai pas. Bonne lecture !

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Bonjour Céciloule,

Je partage votre avis.
J’ai adoré la série, les acteurs et les décors sont chouettes.
Toucher à la notion de guerre froide par le biais des échecs change un peu et je trouve cela intéressant de voir que chaque combat/ évènement entre ces deux pays servait aussi à montrer sa puissance.

Je ne crois pas qu’i y ait de saison 2 à venir, c’est un peu dommage !

Bonne continuation 🙂

Aimé par 1 personne

La plongée dans les sixties est vraiment réussie, oui. Exactement, c’est une approche originale de la guerre froide, même si tout ne tourne pas autour du conflit non plus… de bons moments en perspective 😉
Apparemment la question se pose, mais il faudrait que les scénaristes mettent davantage la main à la pâte puisque le roman de Walter Trevis n’a pas de suite.

Au plaisir !

Aimé par 1 personne

Les vingt premières minutes servent plus, à mon sens, à planter le décor de la première partie et ne sont pas vraiment représentatives du reste de la série . Après le début de la vie à l’orphelinat, Beth joue de plus en plus, de mieux en mieux et elle finit par quitter ce cadre très austère pour entrer dans le tourbillon des sixties et des parties professionnelles – et c’est là que ça devrait vraiment commencer à te plaire… les jeux d’échecs et les stratégies prennent une place peu à peu prégnante et imprègnent les épisodes qui sont très addictifs, même pour les non afficionados…

Aimé par 1 personne

Bonsoir, j’ai regardé la série d’une traite et bien que je ne connaisse strictement rien aux échec (les règles m’ont toujours paru obscures) j’ai pris un plaisir incroyable devant cette histoire qu’on croit d’ailleurs être authentique alors qu’il s’agit d’une pure fiction. L’auteur du livre si je ne dis pas de bêtise, s’est inspiré de plusieurs champions tel que Bobby Fischer pour rendre son héroïne et ce qu’elle traverse crédible. Cette série met aussi en relief, un problème que j’ai découvert à cette occasion, il y a peu voir aucune femme reconnue en tant que joueuse d’échec hormis l’exemple cité dans ta critique. Si cette série et son succès pouvaient permettre l’amélioration de ce point, ce serait génial. Bonne continuation.

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Elle se dévore, je suis d’accord ! Moi non plus, je ne brille pas aux échecs et j’ai beaucoup aimé mais j’imagine que ceux qui s’y connaissent apprécieront d’autant plus le soin apporté à la reconstitution de parties et les scènes ayant trait à l’élaboration de stratégies.
Le côté féministe reste discret mais bien présent et c’est notable, en effet. En espérant que les choses bougent… nous verrons !
Merci de ton passage et bonne continuation à toi aussi.

Aimé par 2 personnes

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