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La maison Golden, Salman Rushdie

Dans la famille Golden, il y a le père et les trois fils. Néron, Petiya, Apu et D. (ou Pétronius, Lucius Apuleius, et Dyonisos dans la version non-abrégée). Ils viennent tous les quatre d’un pays lointain, ignoré de tous lorsqu’ils débarquent à New-York, près des Jardins si chers au cœur du narrateur, alias René. En abandonnant leur terre natale, ils ont également abandonné leur identité au profit de noms romains, de nouvelles illusions se superposant aux précédentes et à celles à venir – mais certains aspects de leur personnalité ne peuvent disparaître, quel que soit l’endroit où ils fuient, rappel à l’hamartia du théâtre classique, à ce défaut de caractère et à cette fatalité. L’aîné est autiste, le second est artiste séducteur, le troisième a une identité sexuelle incertaine – comme autant de réécritures des destins de leurs homonymes, des fictions fondatrices de l’Histoire romaine. Quant au père, il vieillit et s’abêtit malgré (ou plutôt à cause de) son amour pour sa nouvelle femme, une Russe plantureuse et manipulatrice, profondément vénale. René les observe, se rapproche de chacun dans le but de réaliser un film dont ils seraient les héros, ce film se mêlant au roman que le lecteur a entre les mains.

Tantôt scènes cinématographiques, extraits de monologues extrapolés, tantôt conversations rapportées, disputes anthologiques et récits mythologiques, ce livre de Salman Rushdie est dense, touffu – comme toutes ces œuvres. Il cite Dumbo pour mieux, la page suivante, décrire en profondeur une scène du Parrain, d’un Scorcese ou encore d’un film bollywoodien inconnu du public. Références populaires et récits romains, légendes grecques et rappels d’œuvres anecdotiques et élitistes se côtoient, viennent appuyer les propos de Rushdie qui semble incapable de construire une histoire classique et paraît avoir le besoin irrépressible de noyer son récit, assez simple et sans grand intérêt, sous les allusions intertextuelles – allusions qui font toute l’originalité de La Maison Golden (mais qui entretiennent aussi l’état neurasthénique dans lequel le lecteur a plongé peu à peu). En effet, les références sont si nombreuses, rendent ce roman si foisonnant qu’il décroche avant de reprendre le fil puis de s’égarer à nouveau, se perdant dans ces digressions ne digressant au fond pas sans raison mais pour mieux servir le propos de l’auteur.

 Si on se désintéresse rapidement de la plupart des événements rapportés, la description de la société américaine reste brillante. L’identité, la construction de celle-ci, le deuil, le racisme, le sexisme de toute forme et la politique, voilà autant de sujets cimentant la construction élaborée par l’auteur. Trump, jamais nommé, devient un Joker fou dont les supporters clownesques envahissent les rues d’une Gotham tristement réelle et tuent, ces scènes n’étant pas sans évoquer le final du film de Todd Philip sorti l’année passée ; une psychologue explique les différentes façons d’exister en tant que femme (construction, genre et sexe se mêlent alors pour mieux se scinder) ; la mafia et la corruption indiennes sont là, en arrière-plan, comme cause et effet de ce roman tout à la fois magistral et assommant.

Merci à Actes Sud (Babel) qui, en contribuant à enrichir aVoir aLire, ont également contribué à enrichir Pamolico.

Ils en parlent aussi : Crayons, Arbre à lettres, Léa touch book, La lolliothèque, Des livres et des mots, La bibliothèque de Céline, Le monde de Sapotille

13 réponses sur « La maison Golden, Salman Rushdie »

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