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Romans étrangers

À rude épreuve, Elizabeth Jane Howard

La tendresse conjugale (et extra-conjugale), maternelle, ancestrale et amicale ; les tensions, multiples et douloureuses ; le désir, ravageur ; le deuil et l’optimisme envers et contre tout ; la découverte de la maternité ; la guerre et son lot de chagrins. Autant de rudes épreuves qui touchent à tour de rôle les personnages de la saga des Cazalet. Après Étés anglais qui s’achève en 1939, peu avant l’entrée en guerre du Royaume-Uni, ce deuxième tome croise à nouveau les destins, joue avec les perspectives pour que petits comme grands puissent dire leur frayeur et leur amour, leurs désillusions et leurs espoirs indéfectibles. À Home Place, le ballet est incessant, les membres de la famille vont et viennent, quittent la demeure des patriarches pour Londres avant de revenir au bercail, à la campagne, en sécurité. Polly et Clary, les deux cousines, grandissent et sont plus proches que jamais. Louise est devenue une jeune femme, elle s’émancipe, commence à saisir l’ampleur de son égoïsme et à découvrir la vie hors du confort auquel elle a toujours été habituée. Christopher devient objecteur de conscience et doit apprendre à défendre une position que personne ne partage –surtout pas son père. Les plus jeunes sont toujours aussi chenapans et ne savent plus quoi inventer pour attirer l’attention. Quant aux pères et mères, frères et sœurs, ils continuent à valser dans les couloirs, à s’éviter pour mieux se retrouver, à fuir pour se blottir dans des bras câlins et étrangers. Les focalisations s’alternent, l’auteure passant du solo à une pièce pour orchestre à la manière d’une compositrice virtuose, sachant mêler les voix et les amplitudes pour que la partition n’accuse aucune fausse note. Récit narratif classique et extraits de journal intime se relayent pour dépeindre un quotidien tantôt monotone tantôt exaltant, mais toujours menacé par l’ombre des bombardiers allemands.

L’adolescence et la fin de l’enfance, l’entrée dans l’âge adulte et les frasques amoureuses – Elizabeth Jane Howard se saisit de tous ces sujets et élargit le portrait de famille, l’enrichit, le peaufine et le teinte de nouvelles nuances grâce à son regard vif et toujours très juste. Elle décortique les relations familiales et humaines, parvient à saisir avec humour mais beaucoup de tendresse les préoccupations enfantines des benjamins et celles, plus adultes, des aînés, les frustrations qui accompagnent toujours le désir – surtout les premiers émois. Plus mûr que l’opus précédent, et plus grave aussi, À rude épreuve témoigne toujours d’une grande intelligence humaine et sociale. Le fond historique est présent, c’est à la fois la cause et le prétexte de l’histoire – ou plutôt des histoires – qu’elle entremêle avec un modernisme surprenant, n’abandonnant pas pour autant ses énumérations réconfortantes.

Merci aux éditions de La Table Ronde qui, en contribuant à enrichir aVoir aLire, ont également contribué à enrichir Pamolico.

Ils en parlent aussi : Belle page, Charlotte Parlotte, Books, moods and more, Tu l’As Lu?, Anita et son bookclub, Mumu dans le bocage, Les voyages intérieurs

8 réponses sur « À rude épreuve, Elizabeth Jane Howard »

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