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Paris ne finit jamais, Enrique Vila-Matas

En mêlant autobiographie et fiction pour signer un livre qui semble être un recueil de brèves, Enrique Vila-Matas parvient à insuffler à sa prose parfois trop foisonnante légèreté, humour et ironie. Si ses phrases sont déjà (publication originelle en 2004) aussi longues que dans Cette brume insensée, elles ont cette pointe de délicatesse étourdie et néanmoins extrêmement érudite qui leur permet de flotter au-dessus des toits parisiens, ballons gonflés de noms, de références et de poésie. Le narrateur, apprenti-écrivain qui se confond avec l’auteur lors de ses jeunes années, est un Barcelonais en quête de l’inspiration hemingwayenne. Il reconnaît en cet écrivain américain son idole, son maître à penser et se rend donc à Paris, sur les traces de l’homme de lettres et de ses connaissances, mettant ses pas dans ceux de Picasso, de Gertrude Stein, inspiré par les mots de Borges et par la délicieuse folie de Beckett, suivant à la lettre les conseils de sa logeuse qui n’est autre que M.D. (ou Marguerite Duras pour les intimes).

Là où son nouveau livre perd le lecteur dans un errement sans fin et d’une monotonie sans égal, Paris ne finit jamais parvient à opérer une mise à distance drôle et pleine d’à-propos qui lui confère un charme certain – à partir du moment où le lecteur a accepté que ce n’est pas vraiment un roman, plutôt une œuvre hybride méta-romanesque. Censé être le texte prononcé à l’occasion d’une conférence portant sur l’ironie, ce livre est un étonnant mélange d’anecdotes parisiennes et artistiques, de découvertes littéraires et intellectuelles. Enrique Vila-Matas porte un regard désabusé mais curieux sur tout le microcosme culturel parisien des années folles et des Trente Glorieuses, brouillant les époques pour mieux rendre hommage à l’atmosphère intemporelle de Paris, de cette ville qui ne finit jamais, de cette ville qui est une fête éternelle. Ses souvenirs et ses fantasmes fusionnent en une sorte de réflexion douce-amère sur l’écriture et le réel, sur le recul nécessaire à la rédaction et sur la construction identitaire, intimement liée, pour un auteur, à la construction romanesque.

Merci aux éditions Actes Sud qui, en contribuant à enrichir aVoir aLire, ont également contribué à enrichir Pamolico.

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