Catégories
Récits

Faiseurs d’histoire, Dina Nayeri

Les immigrés, en tentant d’obtenir l’asile, deviennent des faiseurs d’histoires. Ils doivent s’adapter au pays où ils souhaitent être accueillis, tenter de comprendre la culture qu’ils embrasseront tôt ou tard, par choix ou fatalité – s’ils veulent qu’on les prenne au sérieux et qu’on les croie, ils doivent réinventer leurs propres souvenirs, leur propre passé, en devenir l’auteur et plus seulement le protagoniste.

C’est ce que nous raconte Dina Nayeri, intellectuelle américaine d’origine iranienne. Elle est arrivée en Oklahoma à dix ans et restera à jamais traumatisée par les mois d’errance qui ont séparé son départ d’Iran de son arrivée aux États-Unis. Alors petite-fille accompagnée de son jeune frère et de leur mère, elle fuit un pays où les femmes sont muselées, où les chrétiens ne sont pas libres de prier. Aujourd’hui, elle revient sur leur exil, sur ses manies d’enfant qu’elle a conservées ou qu’elle a dû abandonner, sur ses espoirs et ses obsessions. En écrivant Faiseurs d’histoires, scindé en cinq parties (la fuite, le camp, l’asile, l’assimilation, le rapatriement culturel), elle devient d’abord la faiseuse de sa propre histoire, mais aussi l’ambassadrice de ces hommes et de ces femmes qui ont une identité, une culture, une langue, des émotions et qui ne sont pas simplement des formulaires à classer au plus vite. Contrairement à Laurence Tellier-Loniewsky dans Vingt et un jours, Dina Nayeri s’intéresse à ce qu’elle a vu, connu, entendu, écouté. Elle témoigne. Au début de chacune des cinq étapes qu’elle évoque, elle revient sur son propre rapport à cette phase de l’immigration, puis sur sa manière d’envisager ce moment rétrospectivement, et elle intercale quelques pages sur des réfugiés ou des clandestins qu’elle a croisés lors de ses recherches, de sa quête pour la vérité – qui n’est vraie que lorsqu’elle est remodelée.

Rempli de réflexions coups de poing et de récits bouleversants, ce livre ouvre les yeux et rappelle que cette marée migratoire n’est une marée que dans la tête des Européens et des statisticiens. Malgré quelques phrases confuses, une construction parfois aléatoire et brouillonne et une auteure apparaissant comme peu sympathique, Faiseurs d’histoires n’est pas une œuvre qui s’oublie une fois refermée.

Concernant le Shah et la révolution iranienne, cet article de Middle East Eye est une mine d’informations. La photographie du camp de migrants de Lesbos provient de cet article des Échos, paru à l’occasion de l’incendie de ce camp.

Les éditons Presses de la Cité en parlent ici.

Finalement, merci au magazine Elle pour cette lecture (note Grand Prix des Lectrices : 13/20).

Ils en parlent aussi : Pascale Marchale, Les mots des autres, Tant qu’il y aura des livres

5 réponses sur « Faiseurs d’histoire, Dina Nayeri »

C’est bouleversant même si ça reste très brouillon.
Elle décrit Ispahan d’une manière qui fait rêver puisque ce sont ses yeux d’enfant qui l’ont vue et qui s’en rappellent… mais les dérives du régime font rapidement froid dans le dos.
J’ai trouvé aussi ! Et la photographie qui l’illustre m’a été utile 😉

Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s