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Romans français

La petite dernière, Fatima Daas

La petite dernière, plus qu’un roman, c’est un témoignage, une acceptation de soi tout en étant une remise en question. Chaque chapitre ou presque commence de la même manière, à la façon d’une imprécation ou comme un début répété des dizaines de fois, des faux départs multipliés à l’infini, une tentative de recommencer, d’effacer pour mieux réécrire l’histoire. L’histoire, c’est celle de Fatima Daas elle-même, Fatima, la « chamelle sevrée », Fatima, la sacrée. Fatima est musulmane et lesbienne. Elle ne comprend pas ce qu’elle est, le pourquoi des émotions qui la gouverne. Elle prie, elle ment, elle se rebelle. Elle se tait.

Entre prose et poésie prosaïque, Fatima Daas se confie, confie au papier ce qu’elle a toujours eu du mal à accepter, ce à quoi elle a tenté de remédier. Les phrases sont courtes ; les sauts de ligne, fréquents. Cela forme une sorte de poème païen sur la page, à mi-chemin entre le rythme des versets du Coran et celui des pensées hachées d’une femme qui aurait voulu être autre. D’une fille que ses parents auraient voulu fils. De la petite dernière, non désirée. Très décousu, ce livre est semblable à un journal, à une confession, à un objet sacré mais pourtant profane. Plutôt que de préciser ses propos, l’auteure se réfugie derrière des propositions assénées, scandées, rappées presque, derrière des mots concis, une grammaire légère, épurée à l’excès. Une définition ici et là vient comme fermer une porte d’un coup, faisant sursauter le lecteur. Anecdotes et états d’âme, douleur et pleurs, La petite dernière est percutant, vif, amer et tourmenté. Son écho résonne en nous longtemps après que la dernière page a été lue.

Merci aux éditions Noir sur blanc et à NetGalley pour cette lecture.

Ils en parlent aussi : Worldcinecat, La parenthèse de Céline, Les maux dits, Hubris & libris, Les libraires masqués du grenier, Les lectures de maman nature, L’art et l’être, Christlbouquine, Au fil des livres, Le temps libre de Nath, FAR far away, Les mots des autres, Crowded vacuum, Journal de bord d’une lectrice, Des petits riens, ICAM, La dent dure, Librarian life, ODER & co, Joëllebooks, Les chroniques de Koryfée, 31st floor

16 réponses sur « La petite dernière, Fatima Daas »

Les éditions Noir sur blanc proposent de belles choses. On me l’avais proposé avec Babelio et puis j’ai lu d’autres romans mais je trouve très courageux de la part de Fatima Daas d’aborder cette question de l’homosexualité pour une femme de confession musulmane. Bravo à elle. Encore une fois merci Cécile de mettre en avant ces livres. Je suis en pleine lecture d’Ohio, j’adore ! 😊

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