Les oiseaux morts de l’Amérique, Christian Garcin

Les oiseaux morts de l’Amérique ou l’envers du rêve américain – les laissés pour compte, les oubliés. Derrière les paillettes et le luxe clinquant de Las Vegas, derrière l’argent qui coule à flot des machines à sous et les hôtels cinq étoiles, derrière les bâtiments en toc et le chic vulgaire, il y a ceux qui ont été les héros du pays, ceux qui pensent à ce titre avec amertume et préfèrent regarder le présent les yeux dans les yeux. Myers, McMulligan et Hoyt Stapleton vivent dans les tunnels de canalisation qui jouxtent le désert où l’homme a décidé d’ériger Las Vegas. Entre deux mondes, celui du fric obscène et celui de l’aridité parfois inondée, ils vivotent, boivent du café et discutent, lisent et cohabitent. Hoyt se promène quant à lui dans trois univers, ses pensées venant le cueillir pour le porter hors du temps. Le vieil homme, après avoir côtoyé la Terre du futur grâce à ses lectures, carburant pour son esprit (véritable machine temporelle), décide de revenir en arrière, là où tout a commencé – avant le Viêt-Nam et ses ravages, avant la fin de sa pension, avant cette étrange cohabitation. Il visite celui qu’il était, petit-garçon, il suit sa mère du regard et gonfle ses narines pour mieux se nourrir de son parfum, il observe Maureen, la jeune voisine dont il était amoureux, il ouvre grand ses yeux de fantôme pour tout absorber.

Nimbé d’une poésie tristement réaliste et actuelle, Les oiseaux morts de l’Amérique flirte parfois avec la science-fiction qu’il ne fait qu’effleurer du doigt, pour mieux s’attarder sur les travers de l’esprit humain, sur l’ambiguïté de l’identité, sur le mal-être des vétérans et sur la beauté, présente partout et encore plus après que l’on a vécu la guerre. La théorie des trous de ver, sur laquelle se base Stephen King dans 22/11/1963 est mentionnée mais simplement pour mieux parler de l’Homme. Hoyt est silencieux, perdu dans son esprit qui lui ouvre pourtant peu à peu les portes du présent tout en le reconnectant à son passé. Les vers qu’il parcourt infusent une douceur amère à son quotidien et à son histoire, à celui qu’il est, retiré en lui-même, dans son imagination. William Blake et Les Murray (poème de l’illustration) donnent un grain poudré à l’atmosphère, semblable à la surface de ces vieilles photographies, si souvent touchées du bout des doigts qu’elles perdent leur aspect lisse. Les longues phrases de Christian Garcin sont parfois électrisées par le courant de pensée, visuelles et nostalgiques, semblables à ce millefeuille temporel où il est parfois possible de croiser une Toyota semblant émerger tout droit du passé…

Merci aux éditions Actes Sud qui, en contribuant à enrichir aVoir aLire, ont également contribué à enrichir Pamolico.

Ils en parlent aussi : En lisant, en écrivant, Matériau composite, L’ivresse littéraire, Quatre sans quatre, Charybde 27, Ma collection de livres, Diacritik, Domi c lire

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