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Romans français

Art Nouveau, Paul Greveillac

Cette fois, point de paysans ni de communistes pour Paul Greveillac. Après la Chine du siècle passé, théâtre de son Maîtres et esclaves, l’auteur s’attaque à la Hongrie de la fin du XIXème siècle. Toujours auprès d’un artiste fictif qui côtoie des bâtisseurs et de grands hommes ayant marqué l’Histoire. Les phrases sont courtes – quelques mots cinglants jetés sur la page, capables de créer un monde. Le rythme est haché mais lyrique, les images fleurissent en même temps que les rimes. Lajos Ligeti, Viennois, quitte la ville de François-Joseph pour Budapest, ses façades dorées dans l’or du soir, ses pavés inégaux et ses murs à bâtir. L’architecte veut apprendre puis construire l’Europe. Son ambition n’a pas de limite, elle grimpe, insidieuse, le dévore, l’empêche même de savourer les petites victoires. Ascension fulgurante puis défaites après amertume, appel d’offres à conquérir après des contrats manqués – la vie de cet homme se déroule lentement, l’hybris pavant son chemin.

En filigrane, c’est l’Histoire du continent qui se déploie timidement – taylorisme triomphant, alliances assumées puis Europe sur le point de se scinder, antisémitisme latent. Parfois, pour donner de la profondeur au récit et rompre toute monotonie, c’est le point de vue d’un autre que Lajos Ligeti qui prend le pas, pour un chapitre ou deux, avant que tout ne s’emboîte, que les lignes se rejoignent et que les liens n’achèvent de se tisser. Les croquis de l’architecte de génie se dessinent sous nos yeux, prennent vie. Les bâtiments éclosent, deviennent pierre et brique, béton armé et poutrelles d’acier, le crayon s’effaçant au profit de matériaux plus solides. Baignée d’une lumière si particulière, sous la neige ou en pleine canicule, Budapest semble être l’héroïne de ce roman, encore plus que Lajos. Paul Greveillac se nourrit des courbes de l’art nouveau, devient architecte à son tour, architecte des mots pour mieux ériger des pierres tombales puis des façades monumentales, des églises et des usines. Les relations humaines sont ténues, importent peu au protagoniste qui ne vit que pour son art, rêve bâtisses et construit même pendant son sommeil. Tout le talent de l’écrivain se dévoile donc dans Art Nouveau, moins touchant et prenant que Maîtres et esclaves, mais sans doute plus ensorcelant à sa manière, la pierre se voyant réchauffée par les sonorités chantantes de celui qui la décrit et lui rend ainsi un bel hommage.

Merci aux éditions Gallimard qui, en contribuant à enrichir aVoir aLire, ont également contribué à enrichir Pamolico.

Ils en parlent aussi : Mangeur de livres, Vagabondage autour de soi

9 réponses sur « Art Nouveau, Paul Greveillac »

Merci ! J’ai vu la critique dans Télérama et je la trouve à la limite du spoil…
Je ne peux que te conseiller ses romans ! Toujours très précis historiquement parlant, ils témoignent en plus d’une maîtrise de la langue qui bâtit grâce à une certaine poésie prosaïque. C’est une jolie réussite, comme le fut Maîtres et Esclaves pour des raisons différentes 🙂

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