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Romans français

Un jour viendra couleur d’orange, Grégoire Delacourt

Un jour viendra couleur d’orange, comme le vers d’Aragon. Ce roman est un conte mais un conte qui se déroule dans notre monde, qui semble se gorger des problèmes sociaux pour mieux les transformer en poésie.

Geoffroy est un garçon différent, qui ne parle pas beaucoup, qui n’aime pas qu’on le touche, qui fonctionne par logique et par couleurs, qui apprend tout par cœur parce qu’il déteste l’imprévu, être surpris. Cette différence a fait gonfler la colère de son père, l’a rendue mauvaise, a empoisonné ses veines et s’est instillée dans le foyer. Alors, las de son fils qu’il ne comprend pas et las de sa vie qu’il rêve plus « juste », il endosse le gilet jaune et va grossir les rangs sur un rond-point, y partage des croissants et du café avec ses amis. Espère, crie. Louise est infirmière et, à part son fils qu’elle chérit plus que tout, elle se tient à distance, elle dompte ses émotions pour ne pas les laisser pénétrer son cœur, pas trop – la mort doit être apprivoisée ou son quotidien se transformera en cauchemar. Geoffroy est étrange mais il est aussi unique et précieux, en tout cas c’est l’avis de Djamila, celle qui deviendra son amie, la première.

Avec ses phrases courtes au rythme pourtant envoûtant et aux images romantiques, Grégoire Delacourt a pour habitude d’écrire des romans sur « ceux d’en bas », sur des gens dignes qui aimeraient mener une existence plus digne justement. Après Mon père, il renoue avec ces sujets sociaux, en mêle trop, rendant Un jour viendra couleur d’orange presque indigeste, trop engagé – à moins qu’il ne se contente d’adopter les points de vue de ses manifestants blessés, meurtris par les politiques jugés trop politiciennes du gouvernement actuel. C’est malgré tout un livre plein de douceur et de finesse, de douleur qui transforme les mots en sucreries douces-amères. Les invraisemblances sont très nombreuses mais le lecteur finit par ne plus les relever, touché par cet enfant et par son entourage, par Djamila et ses frères qui disparaissent sous leur kami, par la cabane dans la forêt et par les mots d’une France exsangue qui sonnent justes. De l’âge de Geoffroy naît sans doute la plus grande incompréhension du livre : treize ans, c’est trop jeune pour ce qu’on dit de lui, pour ce qui lui arrive. À la fois trop jeune et trop vieux, comme si l’auteur, à l’image de Tracy Chevalier dans Le nouveau, était capable de placer des phrases belles et vraies dans la bouche de ces enfants mais ne pouvait leur donner un âge, créant comme des allégories qui existeraient dans un autre monde, dans un ailleurs qui rendrait leur existence impossible. Bouleversante, cette sorte de conte a donc nombre de défauts, d’incohérences mais l’intention est belle – et le résultat aussi, à condition de le voir comme un livre venu d’ailleurs, comme une fable métaphorique vomissant les maux de notre société fragile et malade, à l’image de La femme qui ne vieillissait pas.

Merci aux éditions Grasset et à NetGalley pour cette lecture qui paraît le 19 août.

Ils en parlent aussi : Frank Andriat, Livres de Folavril, Vagabondage autour de soi, Les voyages de K, Lili au fil des pages, Les lectures de Knut, MG chroniques, Les chroniques de Koryfée, Aude bouquine, Entre deux livres, Nuit de livres, Eirine la bookaddict, Ukulili, Le temps libre de Nath, Michel Collart, Alyttérature, Les livres d’Eve, Sin City, La plume de Victoire, Les critiques assassines

15 réponses sur « Un jour viendra couleur d’orange, Grégoire Delacourt »

Ah non celui qui précède « Mon père » … ! Je me suis trompée. Je parle de la femme qui ne vieillissait pas. C’était une jolie lecture, mais rien de transcendant.
Bonne rentrée à toi aussi. 😃

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Lu et chroniqué mais attente de la parution pour publier ! Difficile d’écrire a chaud sur des évènements trop récents. Le conte pour moi vient de cette vision de l’amour comme rédemptrice du mal être des protagonistes . En tout cas, un roman à retenir pour la rentrée ! 😉

Aimé par 1 personne

J’ai hésité à la publier maintenant ou plus tard et vu le nombre de critiques sous le coude des romans qui paraissent le 19 août… j’ai craqué !
En effet, le sujet est encore à vif… oui en effet, c’est joliment dit 🙂 et puis la maison dans les bois, et puis les deux « vilains » habillés de noir, et puis l’écriture romantique et poétique… et accepter qu’il s’agit d’un conte permet de passer outre les extravagantes invraisemblances 🙂

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