Catégories
Critiques, cinéma étranger

Eva en août, Jonás Trueba

Eva en août a des accents rohmériens, la même indolence que Conte d’été – pèse sur lui la douce nonchalance du mois d’août. Jonás Trueba signe son cinquième long-métrage, cette fois issu d’une collaboration avec Itsaso Arana, également actrice principale de ce film. Elle lui permet d’enfin pénétrer un regard féminin, d’épouser une certaine sensibilité gracile. Eva se perd dans les rues madrilènes au gré du vent, s’égare pour mieux retrouver une vieille connaissance, par hasard, toujours, ou pour se heurter à une personnalité encore inconnue d’elle – mais plus pour longtemps. Peu loquace quand il s’agit d’elle-même, la jeune trentenaire a pourtant le don d’écouter ceux qu’elle croise, de les amener à lui confier leurs déboires. Alors seulement elle réagira en philosophant avec une emphase très espagnole pourtant jamais dénuée d’une certaine torpeur collante. Passant d’un film silencieux et statique, prompt à la flânerie, à une réalisation verbeuse en quelques minutes lentes, Eva en août adopte avec une étonnante facilité l’indolence estivale qui alourdit les membres et pèse sur la peau. La langueur de la jeune femme se dépose sur tous les plans, imprègne ses journées de déambulations hasardeuses et solitaires, bientôt dissolues sur une piste de danse au milieu des corps moites de la chaleur madrilène.

Jonás Trueba rend hommage à sa capitale, qu’il considère comme étant le second personnage principal d’Eva en août. Il voulait que son héroïne la découvre à la manière d’une touriste alors que c’est pourtant sa ville natale, qu’elle la parcourt en rêvant, le nez en l’air et le pas léger bien que déjà fatigué par la température. La lumière effleure ses cheveux, sa peau pâle, ses sourires ingénus. Qu’elle soit seule dans son appartement (ou plutôt celui qu’elle occupe pendant quelques dizaines de jours) ou sur la berge d’une rivière, entourée d’amis nouveaux ou anciens, silencieuse, elle paraît fragile, à la fois pudique et démonstrative, mais d’une manière bien à elle.

© Arizona Distribution

Les rencontres se suivent, liées l’une à l’autre, comme une chaîne de cause à effet qui suit sa logique interne, bien particulière mais si étrange, à la fois fragmentée et continue. On pense au roman Un été à Rockaway pour la lourdeur de l’air et le désœuvrement ennuyeux qui plaît pourtant tant à Eva, pour la chronologie si singulière, comme entrecoupée d’ellipses alors que les heures défilent pourtant l’une après l’autre à leur rythme pesant. Deci delà, un thème plus sérieux apparaît, la maternité, la foi, le fait de devenir soi-même, disséminé au sein de ces longues journées fiévreuses de lenteur, d’espoir et d’effervescence bientôt évanouie sous la lumière tamisée d’un bar ou d’une scène de danse, effleuré par le même hasard semble-t-il que celui qui guide les pas d’Eva.  

Merci à Arizona Distribution pour ce visionnage : en contribuant à enrichir AVoir ALire, ils ont également contribué à enrichir Pamolico.

La bande-annonce est disponible ici.

Ils en parlent aussi : On se fait un ciné, Le cinéma du spectateur, Lilylit, Trendys le mag, Ciaovivalaculture, Good time

4 réponses sur « Eva en août, Jonás Trueba »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s