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Le déjeuner de la nostalgie, Anne Tyler

En 2008, vingt-cinq ans après avoir écrit Le déjeuner de la nostalgie (Dinner at the Homesick Restaurant) qui date de 1982, Anne Tyler le considérait toujours comme son œuvre favorite, ayant, pour une fois, réussi à s’attacher équitablement à tous ses personnages. Il y a Ezra, Cody et Jenny, et leur mère, Pearl. Cette dernière est malade lorsque s’ouvre le roman. Elle a de plus perdu la vue – mais non la mémoire. Les souvenirs affleurent, elle se rappelle les jeunes années de ses trois enfants, le départ de leur père en 1944, l’adolescence, les disputes, le développement de leur caractère – Ezra le tendre, Cody le belliqueux et Jenny la distraite. Puis, alors que les pages défilent et que les chapitres se succèdent, le point de vue de Pearl s’efface pour laisser place à celui de sa progéniture. Les remords et les regrets, l’amertume et le besoin de vaincre, l’envie de fuir et de se créer un nouveau foyer.

Si l’auteure fait elle-même le parallèle entre Ezra et le Mickael d’Un mariage amateur, se cachent également dans ce roman la solitude pesante de la Delia d’Une autre femme et du Micah d’Un garçon sur le pas de la porte. Mais avant tout, s’y dissimulent les racines d’Une bobine de fil bleu, la famille étant ici aussi décortiquée minutieusement. Le livre colle à son sujet, provoque les mêmes sentiments que le quotidien familial : amusement et émotion, agacement et tendresse. Les liens se distendent puis se resserrent brièvement, les dissensions demeurent, les tensions et les rancœurs s’accentuent. À mesure que les années passent, seuls Ezra et sa mère tâchent encore de rassembler la famille, de créer des moments uniques, chez eux ou au Homesick Restaurant, à cinq puis davantage alors que les mariages se nouent et que les petits-enfants naissent. La maîtrise de la temporalité et des focalisations est encore une fois impressionnante, les allers-retours entre présent et passé se faisant avec beaucoup de fluidité, créant une étonnante continuité malgré les ruptures temporelles régulières. Le don d’Anne Tyler pour imaginer des vies différentes des nôtres et à la fois si semblables se révèle ici dans toute sa grandeur, Le déjeuner de la nostalgie étant à mon sens et au sien, l’une de ses meilleures œuvres à ce jour. D’ailleurs, il fut finaliste pour le Pulitzer Prize, le National Book Award, et le PEN/Faulkner Award.

Parce qu’ouvrir un roman d’Anne Tyler est toujours une bonne idée, particulièrement en période de déprime passagère…

10 réponses sur « Le déjeuner de la nostalgie, Anne Tyler »

Celui ci ou Une bobine de fil bleu, ce sont les deux qui m’ont le plus plu, les deux qui se centrent vraiment sur la famille. Un mariage amateur, quant à lui, décortique bien les aléas du mariage, un peu à la manière de Marriage story en moins sombre… mais je crois que Le déjeuner de la nostalgie ne peut plus être trouvé que d’occasion par contre 😉

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