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Les sept morts d’Evelyn Hardcastle, Stuart Turton

Stuart Turton crée un univers étrange, empli de secrets et d’énigmes, de doute et de violence. Dans ce que le lecteur suppose être un monde parallèle inspiré de l’Angleterre post-Première Guerre Mondiale, se réveille Aiden dans un corps qu’il ne connaît pas, tout souvenir l’ayant quitté. Il sait juste qu’un meurtre sera commis à 23h, à Blackheath, sorte de manoir hanté de vivants dangereux, et que pour sortir de cette boucle temporelle et spatiale, il doit le résoudre. Chaque jour recommence, semblable tout en étant différent du précédent – les points de vue se croisent, se chevauchent, se décalent, les temporalités se mélangent puisqu’un personnage ne fait pas l’autre et que la journée ne se déroule jamais exactement de la même manière. Aiden vivra huit fois les mêmes vingt-quatre heures dans un personnage différent, dans une autre tête, les actions de chaque protagoniste ayant des incidences sur le cours actuel et final des choses…

Méli-mélo d’une complexité rare, Les sept morts d’Evelyn Hardcastle est un Cluedo grandeur nature brillamment construit – pas étonnant que l’auteur ait eu besoin de trois ans pour parvenir à achever ce premier roman. Le lecteur doit être alerte à chaque page, à l’affut des détails insignifiants du quotidien de chaque protagoniste, des apparitions des autres personnages, si fugaces soient-elles. Rien n’est laissé au hasard, tout est planifié à la seconde près, tout est soigneusement huilé pour que le mécanisme ne se grippe jamais. L’atmosphère, à la fois surannée et angoissante, pesante et presque spectrale rend le roman étourdissant, tout comme les multiples basculements de perspective. Le lecteur aura pourtant l’impression parfois d’être floué : l’intrigue, qui n’a finalement rien d’extraordinaire, est amenée de manière si alambiquée et si originale que certaines failles se font sentir sans qu’il parvienne à mettre le doigt sur ce qui manque de pertinence. Entre fantasy, monde parallèle, huis clos britannique à la Agatha Christie et Un jour sans fin qui aurait été modernisé et rendu plus sensé (quoique), Les sept morts d’Evelyn Hardcastle est un roman à lire pour la virtuosité de la construction, à la manière d’un épisode de Scooby-Doo augmenté – mais pas pour son style. Sans grande originalité, celui-ci reste très simple (heureusement d’ailleurs, de la poésie aurait réussi à perdre complétement le lecteur le plus chevronné) et fait la part belle aux participes présents. Les phrases sont presque toutes bâties de la même manière mais on ne peut blâmer avec certitude l’auteur puisqu’il s’agit d’une traduction…

Le roman est disponible aux éditions 10/18 après avoir été publié chez Sonatine.

Ils en parlent aussi : Le dragon galactique, Bibliobad, Flo and books, Les indécises, A book and a cup, Les monologues de l’esprit, Sophy te parle, June and cie, Au pays des cave trolls, What June reads, Sometimes a book, Derrière mes binocles, Les jolis mots de Clem, Charlotte Parlotte, Sur mes brizées, EmOtionS

20 réponses sur « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle, Stuart Turton »

Merci pour votre critique !
Un livre que j’ai lu avec beaucoup de plaisir.
Effectivement le lecteur se confronte à une histoire semblable au cluedo. On se prend tout de suite au jeu.
La liste des personnages dans la quatrième de couverture (avec les liens de parenté) est très pratique également !
Au plaisir de vous lire,

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