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The Plot Against America, David Simon (minisérie)

Après The Wire et The Deuce, David Simon poursuit son exploration de l’Amérique et de ses travers dans six épisodes d’une grande richesse – mais loin de toute légèreté. Cette fois, en se basant sur le roman de Philip Roth The Plot Against America, il développe une série éponyme qu’il situe au début de la Seconde Guerre Mondiale. Uchronique tout comme le livre, le scénario prend le parti de ré-imaginer l’histoire américaine pendant l’ère nazie : et si Charles Lindbergh avait été élu en lieu et place de Franklin Delano Roosevelt en 1940 ? Lors de la campagne, ce célèbre aviateur tient des propos ouvertement antisémites qu’il nuancera par la suite grâce à ses relations avec un rabbin, interprété par John Turturro… Une fois élu – notamment grâce à son slogan « Charles Lindbergh or the war » – cela ne l’empêchera pas de signer un pacte de non-agression avec Hitler, le début de la fin pour le pays de la démocratie.

Loin de ne s’intéresser qu’à l’aspect politique de la chose, la série s’attarde sur les Levin, une famille juive de Newark, New Jersey – comme la famille Roth (même si leur patronyme a ici été modifié). Deux enfants et leurs parents. Le cousin vit également sous leur toit. Considéré comme un grand-frère par les autres garçons, il n’est pourtant pas le meilleur des exemples, multipliant les frasques en tout genre. Bess (Zoe Kazan) est aimante, lucide et prône la prudence. Mais ce n’est qu’une femme. Son mari, Herman (Morgan Spector), s’il aime profondément sa famille, reste attaché à sa patrie qu’il ne peut se résoudre à quitter avant que ce ne devienne trop tard, et à ses convictions qu’il est décidé à défendre coûte que coûte. Chacun semble ainsi représenter (d’une manière parfois légèrement caricaturale) une opinion bien particulière et un personnage type. La mère soumise mais clairvoyante contrairement à sa sœur, le père obstiné et grande-gueule, le jeune homme casse-cou et révolté, l’adolescent admiratif de cet impressionnant président aviateur et le petit garçon impressionné par les événements – Philip, ou l’enfant que fut l’auteur de The Plot Against America, le seul focaliseur du livre, ici interprété par le touchant Azhy Robertson (le fils insupportable dans Marriage Story).

Pour souligner cette atmosphère presque cataclysmique, la photographie est très sombre. Elle doit beaucoup aux décors et à la lumière – l’obscurité prenant peu à peu le pas jusqu’à ce sixième et dernier épisode où la nuit culmine, les épiceries juives transformées en brasier donnant un air fantomatique et désespéré aux protagonistes.

Résurgence du Ku Klux Klan, incendies, meurtres, répressions policières, mensonges, obscurantisme, terreur. Tout cela depuis le foyer d’une famille du New Jersey, pointant du doigt l’innocence perdue et condamnée des enfants Levin et de Seldon, le petit voisin au destin tragique. Le timing choisi pour la sortie de cette série HBO (disponible sur OCS en France) n’est évidemment pas un hasard. À l’heure où Trump multiplie les faux-pas et les allégations fallacieuses, fustige les médias et ne fait rien pour cacher son soutien (discret ?) aux milices blanches, The Plot Against America a un goût acerbe – celui d’un avertissement.

Bande-annonce disponible ici.

Ils en parlent aussi : Dans les épisodes précédents, Les carnets de la télévision, Les vraies infos, Cinétib, Justine Vaillant, Œil fertile, Les chroniques de Cliffhanger et Co

11 réponses sur « The Plot Against America, David Simon (minisérie) »

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