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Romans français

Scherbius (et moi), Antoine Bello

Scherbius (et moi) ou une sorte d’OVNI littéraire, entre traité de psychologie et farce. Antoine Bello poursuit sa fascinante enquête sur la falsification du réel et force le trait de l’humour potache que l’on devinait déjà dans L’homme qui s’envola. Il rédige un livre à la première personne, se glissant dans la peau de Maxime Le Verrier, qui lui-même tente de comprendre les frasques de son patient, Alexandre Scherbius. Il se livre à des théories à n’en plus finir, entre citations, catalogages et commentaires et autres notes de bas de pages, enrichit régulièrement ce qu’il présente comme la première édition de sa « monographie » de plusieurs pages supplémentaires. En se basant tout d’abord sur les séances durant lesquels l’imposteur hors-pair qu’est Scherbius lui raconte ce qui serait sa vie, le narrateur élabore des hypothèses, des diagnostics, semble sûr de lui, divague et étaye son propos en se basant sur des études déjà menées aux États-Unis (et véridiques). L’ascendant que prend peu à peu le patient sur le thérapeute inquiète le lecteur, l’amuse puis le lasse avant que l’auteur ne parvienne à regagner son intérêt pour quelques lignes grâce à un trait d’humour vif et piquant. Entre hommage à Arsène Lupin, La Comédie Humaine, Perec et critique acerbe des hautes sphères de la psychologie contemporaine, ce roman détonne et intrigue, véritable cabinet de curiosité à lui tout seul.

Aucun personnage n’est réellement sympathique : le narrateur apparaît comme un homme naïf et imbus de lui-même, aisément floué, tandis que Scherbius semble prendre un malin plaisir à multiplier les fausses pistes, disséminant çà et là des fragments de vérité – ou pas. Le lecteur se laisse duper également, se gausse des aventures de l’escroc, prend son mal en patience durant les analyses fastidieuses et dignes d’un article d’une revue spécialisée, puis finit par s’agacer par l’obsession du narrateur et par sa crédulité qui confine à la bêtise. Imposture dans tous les sens du terme donc, mise en abyme d’impostures puisque ce roman semble n’être en réalité qu’une vaste blague, à l’image du Orlando de Virginia Woolf qu’elle désignait comme « a serious spoof » (un canular sérieux).

Merci à Folio qui, en contribuant à enrichir le site d’aVoir-aLire a également contribué à enrichir Pamolico.

Ils en parlent aussi : Cunéipage, Charybde 27, En lisant en voyageant, Le livre d’après, Les libraires masqués du grenier, Lire au lit, La bibliothèque de Noukette, Doucettement, Cornelia, Les chroniques de petite Balabolka

3 réponses sur « Scherbius (et moi), Antoine Bello »

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