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Romans français

Quadrille, Inès Benaroya

Un quadrille français, ou sorte de quatuor familial, réfléchi par une famille similaire et pourtant si étrange, de l’autre côté de la Méditerranée, quelque part en son cœur, perdue sur une île grecque. Le quadrille n’aura ensuite de cesse de se faire, refaire et défaire, au fil des alliances et des affinités mouvantes entre ces huit protagonistes. C’est Ariane, l’héroïne, qui raconte, sorte de voix off un peu mélodramatique – à l’image de l’histoire qu’elle livre par bribes. Inès Benaroya a choisi d’intercaler passé et présent dans une veine tentative de préserver un suspense qui n’existe pas : ce qu’elle (et la quatrième de couverture) s’évertuent à préserver n’est que la concrétisation de l’hypothèse la plus évidente qui traverse l’esprit d’un lecteur potentiel. Arianne, Pierre et leurs deux enfants n’auraient jamais dû croiser la route des Sainte-Rose, ils pourraient bien ne jamais s’en remettre – comme en témoigne d’ailleurs le quotidien qu’Ariane confie.

Quadrille est un roman qui se prend au sérieux – et qui, malheureusement, n’a pas vraiment de quoi. L’intrigue est donc étonnamment prévisible malgré son improbabilité. Quant au style, fleuri mais haché, très imagé et ampoulé, il ne cadre pas avec la trame narrative, semblable à celle d’un Harlequin haut-de-gamme (quoique), d’une romance où les scènes osées seraient racontées à grand-renfort de métaphores, jeux de sonorités à l’appui, misant davantage sur le suggestif que sur l’effectif. Aucune émotion (positive) à signaler du côté du lecteur : Ariane est agaçante, absolument pas attachante et parfois même un peu pathétique. Son passé de presque orpheline échoue à nous émouvoir, faute de vraisemblance. Tout sonne creux et rapidement le lecteur abandonne tout espoir d’une envolée quelconque : ce qui compte, c’est l’attirance d’Ariane pour l’interdit, pour l’amour un peu sadique (est-elle masochiste ?), que ce soit en face du Péloponnèse ou dans le cabinet où elle est secrétaire – énième twist qui tombe complétement à plat et qui fait même glousser tant l’improbable est de mise. Même le choix de son prénom témoigne d’une ambition poétique qui ne fonctionne pas : l’Ariane qui, pour Thésée, avait déroulé son fil dans le labyrinthe vit un véritable amour passionné, et même si le mythe est tout aussi mélodramatique que cette histoire, il est lui nimbé d’une aura inimitable et douloureusement tragique.

Mes excuses Madame de Rosnay, je n’ai pas vu (du tout) le « formidable » dans Quadrille

Les éditions Fayard en parlent ici.

Ils en parlent aussi : Collection de livres, Agathe the Book, Mes p’tits lus, Sawisa, Les chroniques de Koryfée, Livre est-ce de la nuit

8 réponses sur « Quadrille, Inès Benaroya »

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