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Romans étrangers

Une maison parmi les arbres, Julia Glass

Aussi foisonnant de couleurs qu’un dessin d’enfant – ou que l’illustration d’un album, Une maison parmi les arbres offre une plongée spectaculaire, à la fois douce et brusque, dans le monde intellectuel américain.

Morty vient de mourir. Ce célèbre auteur de livres jeunesse vivait dans une maison parmi les arbres, dans le Connecticut, à une heure de New-York, auprès de sa dévouée assistante, devenue avec les années une sorte de dame de compagnie et d’amie, Tomasina – Tommy. Tomasina et Morty, la vie de l’une se superposant à la vie de l’autre, s’effaçant à son profit. La cinquantenaire est en deuil, elle tente de faire face avec dignité à son rôle d’exécutrice testamentaire tout en acceptant la triste réalité, la disparition de celui qui fut son patron mais aussi et avant tout son colocataire pendant toutes ces années. Comme si ce fardeau ne suffisait pas, il faut également qu’elle compose avec Nicholas Greene, alias Nick, l’acteur anglais choisi pour interpréter Morty à l’écran, dans le biopic qui lui est consacré. L’artiste avait donné son aval, échangé avec le célèbre jeune homme, et Tommy n’a d’autre choix que de lui faire une place dans la demeure du Connecticut, de le laisser s’imprégner des derniers souvenirs, de l’ombre de Morty qui flotte dans chaque pièce – Morty dont la vie s’inspirerait de celle de Maurice Sendak, auteur de Max et les Maximonstres.

Flashbacks datés et réguliers immergent le lecteur dans le passé des personnages – l’artiste, Tommy, et puis Nick. Les présents de chacun s’entremêlent également, sans jamais nous perdre. Outre le point de vue de nos trois héros, vient se greffer celui de Meredith Galarza, la conservatrice d’un musée new-yorkais dédié à la littérature jeunesse. Julia Glass signe un hommage au monde anglophone et plus particulièrement à l’Amérique, à sa culture littéraire, à ses villes pleines d’animation, à ses familles pleines de contradictions et de tensions. Les pages sont jalonnées de références à des auteurs britanniques et américains, de clins d’œil à la littérature jeunesse, de parallèles. Sont également évoquées les années SIDA, après les fêtes tourbillonnantes dans la maison parmi les arbres, comme autant d’éclats de couleurs nuancés par des ombres bleutées dans un dessin pour enfants. Plusieurs niveaux de lecture s’empilent donc, à la manière d’un millefeuille, et ce doit être un de ces romans qu’il faut relire pour en apprécier toute la complexe simplicité, pour saisir toutes les allusions – à Virginia Woolf, au Nicholas Greene de son Orlando, à sa conception d’une personnalité pleine de nuances, comme un éventail de moi-s, à son A Room of One’s Own, à Jane Austen et à Henry James, à Ben Stiller et aux Oscars, à J.K. Rowling et à Philip Pullman, et à tous les autres.

Monde intellectuel donc, mais pas que. Parce que tout n’est pas rose au pays du Rêve, parce que pauvreté et parents célibataires sont aussi légion – de ce côté et de l’autre de l’Atlantique, Julia Glass s’attarde sur l’enfance de nos protagonistes, sur les craintes et les déceptions, sur les deuils trop précoces et sur les traumatismes, sur la naissance d’une vocation. Ainsi, cette fois pas de nature writing pour Gallmeister, mais à nouveau un artiste, moins torturé que la Hen de Vis-à-vis mais avec ses cauchemars et ses doutes, ses imperfections et ses parts d’ombre – et si Tommy ne connaissait pas si bien celui dont elle a partagé la vie pendant des dizaines d’années ?

Un grand merci aux éditions Gallmeister qui, en contribuant à enrichir le site d’aVoir-aLire, contribuent également à enrichir ce blog.

Ils en parlent aussi : Bonnes feuilles et mauvaise herbe, Mille (et une) lectures de Maeve, Lire dit-elle, Rentrez !, Cannibales lecteurs, Devoratrix Libri, Les pages qui suivent, Les libraires masqués du grenier, Biblioqueer, Ma collection de livres, MissBook85, Histoire d’en lire, Moonpalaace, Charlotte Parlotte

9 réponses sur « Une maison parmi les arbres, Julia Glass »

Et j’ai cru voir qu’il faisait parti de la sélection des lectrices de Elle…
Il a un charme certain et c’est un bon roman, à la fois triste et joyeux, profond et léger. Je te le recommande chaleureusement, en grande amoureuse de la culture britannique que tu es (tu auras même la culture américaine en prime ;))

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