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Romans étrangers

Isabelle, l’après-midi, Douglas Kennedy

Isabelle, l’après-midi (Isabelle in the Afternoon) ou l’une de ces lectures qui remettent en cause notre vie, notre quotidien et tous nos choix – passés et à venir.

Douglas Kennedy abandonne toute légèreté, si tant est que ses œuvres aient déjà été « légères ». Il nous plonge dans une mélancolie teintée d’espérance – jusqu’au bout, et même dans les heures les plus sombres. À l’image de La symphonie du hasard, mais dans un récit bien plus condensé, Isabelle, l’après-midi revient sur tout un pan de vie. Tant d’années passées à attendre, à espérer, à repousser, à prévoir et à choisir. Une existence somme toute bien banale. Ces choix, ces embranchements, cette routine qui n’en est jamais vraiment une, ce sont ceux de Samuel. Le roman débute alors qu’il s’apprête à intégrer Harvard, et s’achève alors que notre héros atteint la quarantaine. Et, comme une litanie, comme un métronome imperturbable, ces « cinq-à-sept » avec Isabelle éclosent çà et là, reviennent puis repartent, narguent le protagoniste qui ne vit que pour se réfugier dans ses bras d’albâtre. Quand ce n’est pas la présence de cette rousse de quinze ans son aînée qui hante Samuel, c’est le souvenir des moments passés ensemble qui l’obsède, c’est l’impossibilité de rendre possible l’impossible qui le ronge. Cette passion qui ne connaîtra pas les ravages imposés par une vie à deux, détruite par les compromis et l’amertume. Elle sera là, éternellement, sur une page ou celle d’après, jamais totalement absente puisque planant sur le présent de Sam et sur son avenir, inlassablement, à la mode de Nos rendez-vous, en plus profond et sans doute moins hasardeux.

Le premier tiers du roman est un peu répétitif, il permet d’instaurer cette ritournelle parisienne qui ne durera pas, de poser les bases d’un amour de toujours. Certains passages sont crus – et répétitifs, là encore, comme la vie d’un homme. Et puis l’inévitable quête familiale, la déception, la déchéance du divorce à la Marriage Story avant d’être rattrapé une nouvelle fois par la vie.

C’est un livre qui émeut, qui éprouve le lecteur, met à mal sa volonté de tourner les pages, le défie et le fait pleurer. C’est un livre qui rappelle que les décisions ne sont pas simples à prendre mais toujours nécessaires, que rien n’est aisé mais que tout peut l’être, que l’amour n’est jamais aussi beau que nous voudrions le croire. C’est un livre doux-amer, plein d’âpreté mais plein d’espoir, qui ne ferme à aucun moment la porte au bonheur, mais ne l’entrouvre que de manière éphémère.

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley pour cette belle lecture, bouleversante.

Ils en parlent aussi : Sonia boulimique des livres, J’adore la lecture, Les mille et une pages, La bibliothèque de Céline, Ma bibliothèque bleue, Ma voix au chapitre, Luciole et feu follet, Les livres d’Ève, Les paroles s’envolent, Orlane and books, Les lectures de maman nature

17 réponses sur « Isabelle, l’après-midi, Douglas Kennedy »

Merci ! La couverture est très belle en même temps 😉
Disons que c’est l’histoire d’un désamour qui m’y a fait songer même si le fond n’est pas vraiment comparable… Mais j’ai préféré ce roman à Marriage Story contrairement à toi :p

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Merci ! C’était mon cinquième Kennedy (mais il y a une trilogie dans le lot) et sa réflexion sur la vie, le temps qui passe et l’évolution inévitable d’un individu au cours de son existence m’a chaque fois frappée. La symphonie du hasard (la trilogie) est aussi très percutante de ce point de vue là 😉

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Je viens de lire – en contrepoint – la critique de Camille Laurens dans « Le Monde » – qui est plus mesurée (et pointe la propension de D. Kennedy (une « tare » que j’ai déjà remarqué/ressenti dans les derniers livres pour les adjectifs et la ‘collection de clichés’ … et souligne que l’adresse 9, rue Bernard-Palissy pour les ‘5 à 7’ « se trouve près des Editions Harlekin, non pardon, des Editions de Minuit, ce qui fait plus chic »… Lecteur inconditionnel de ses débuts, je me suis désormais « tiraillé »

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