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Little Fires Everywhere, Liz Tigelaar

Si le roman de Céleste Ng (La saison des feux puisque le titre avait été « traduit ») restait peut-être trop superficiel et, malgré ses qualités, légèrement plat, l’adaptation sérielle Little Fires Everywhere parvient à combler des vides que le lecteur n’avait sans doute même pas remarqués, à approfondir tous les sujets que le livre se contentait de survoler. Petit bonus, ceux qui furent les lecteurs de Céleste Ng auront le plaisir d’avoir quelques surprises… Ce drame domestique réalisé par Liz Tigelaar fera penser à Big Little Lies, où Reese Witherspoon incarnait déjà la mère de famille en apparence sûre d’elle et parfaite mais, en réalité, plus névrosée.

Mia Warren (Kerry Washington, connue pour son rôle dans Scandal) et sa fille, Pearl, arrivent à Shaker Heights, ville idéale de l’Ohio, banlieue chic de Cleveland où les femmes bien comme il faut (blanches, cela va sans dire…) vivent dans de belles et grandes maisons, ont plusieurs enfants (blonds) et participent aux clubs de lecture pendant que leur mari travaille au bien-être de la petite famille. C’est en tout cas plus ou moins ainsi que vit Elena Richardson (Reese Witherspoon) : c’est même l’existence qu’elle s’est choisie, qu’elle avait prévu de mener depuis son plus jeune âge, au détriment d’une carrière toute tracée de journaliste. À la différence du roman, Mia et Pearl sont ici afro-américaines, ce qui ajoute une dimension raciale au scénario, loin d’être inintéressante. En outre, l’intrigue principale se déroule en 1997, et non de nos jours, là encore une modification qui apporte un peu de piquant à l’atmosphère, un peu d’un charme rétro – bande-son savoureuse à l’appui. Elena croise Mia et Pearl à leur arrivée en ville et leur propose rapidement de louer le duplex qu’elle possède – en plus de la demeure familiale, bien sûr. Tandis que Pearl se crée une place au sein de la fratrie Richardson, entre Trip, Lexie, Moody et Izzy, passant de plus en plus de temps auprès d’eux, Mia reste en retrait, comme elle l’a toujours fait, observe farouchement ce (et ceux) qui l’entourent sans jamais essayer de s’intégrer, immergée dans son art, sa musique et ses souvenirs.

L’atmosphère, dès le premier épisode, est bien plus lourde, plus grave que dans La saison des feux. Chaque personnage se voit doté d’un passé consistant grâce à quelques flashbacks judicieusement disséminés tout le long de la saison. D’ailleurs la pertinence et les jeux de miroirs entre Kerry Washington et Tiffany Boone (incarnant Mia jeune) sont stupéfiants : les deux actrices parviennent à donner l’impression d’être une seule et même personne, blessée, à la voix cassée et à la parole rare et lente, mesurée mais prête à tout. La continuité du personnage d’Elena est moins impressionnante mais retrouver AnnaSophia Robb après ses rôles de jeunesse dans Winn-Dixie et Charlie et la chocolaterie est une sorte de plaisir doux-amer comme une plongée dans notre enfance, enfance qui aurait passé trop vite. Les analepses ont donc une place primordiale dans Little Fires Everywhere, justifiant chaque comportement, rendant légitime une attitude plutôt qu’une autre.

Rapidement, le spectateur comprend que tout repose sur deux conceptions radicalement différentes de la maternité, sur deux manières de vivre et deux perspectives. D’un côté, il y a la riche et jolie mère de famille, journaliste à mi-temps à qui tout (en apparence) a toujours réussi ; de l’autre, il y a la mère célibataire, noire, artiste et nomade, secrète et un peu revêche. Pourtant, la deuxième a une relation fusionnelle avec sa fille, relation qui, dans les premiers épisodes, paraît presque anormale, alors que la seconde entretient des rapports cordiaux avec ses enfants mais, nous le réalisons assez vite, finalement plutôt froids.

Chaque détail est creusé plus en profondeur, se voit donner davantage de relief que dans La saison des feux : les suggestions prennent corps et cessent d’être simplement effleurées. Ce fut une véritable révélation que Little Fires Everywhere, un coup de cœur progressif de prime abord, puis un coup de cœur de chaque instant.

La bande-annonce est disponible ici.

Ils en parlent aussi : Sea you soon, Culture vs news, The URL does not actually matter, Avis 2 femmes, Justine Vaillant, Pretty Rose Mary

3 réponses sur « Little Fires Everywhere, Liz Tigelaar »

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