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Les diables bleus, Christopher Castellani

« Les diables bleus de Tenn étaient comme des chats sauvages, disait-il, qui vivaient sous sa peau. Et lorsque vous aviez des chats sauvages sous la peau, ils pouvaient se réveiller à tout moment du jour ou de la nuit, et vous faire frissonner, trembler, crier, pleurer. »

Les diables bleus ou les démons de Tennessee Williams, ses épisodes dépressifs, ses moments à vide où rien ne pouvait le consoler, l’éloigner de ses angoisses morbides et de son amertume, rien ni personne, pas même Frank Merlo, son grand amour. Christopher Castellani évoque un été, recrée une ambiance, l’Italie du siècle dernier, Portofino, ses plages et ses couleurs, Visconti et ses travers tatillons, John Horne Burnes et ses accès de colère bougonne, Truman Capote et ses fêtes. Et Tenn et Frankie, bien sûr, amoureux mais solitaires, fusionnels mais infidèles. C’est une histoire d’amour que raconte l’auteur, un amour compliqué, sombre, une tragédie shakespearienne mais bien réelle. Frank est mort à quarante ans, trop jeune, trop vite, d’un cancer du poumon, presque abandonné de son amant. Un certain nombre de biographes ont pourtant noté que les meilleures pièces de Tennessee Williams furent écrites lors des années passées avec cet homme doux et profondément bon. Se mêlant à ces chapitres racontant 1953 et l’Italie, sa chaleur, ses rues ensoleillées et leurs soirées qui s’étiraient jusque tard dans la nuit, des passages évoquant Key West en Floride, mais aussi le Memorial Hospital, une ville côtière du Nord-Est et Provincetown, aujourd’hui. Ces allées et venues entre présent et passé donnent son rythme au livre tout en l’empêchant de vraiment décoller. Anja, actrice fictive, amie du couple, est le ciment qui permet à la fragile construction de trouver son équilibre, précaire.

Pendant tout ce roman, le lecteur se demande ce qui est vrai et ce qui est inventé. Certaines interrogations gâchent un peu la lecture, mais les quelques notes de Christopher Castellani, à la fin des Diables bleus, amènent un éclairage nouveau sur ce roman, sur cette fiction historique. Il avoue être obsédé par l’histoire de cet amour depuis avoir lu une biographie de Tennessee Williams il y a de longues années, pensant cette œuvre depuis, sans vraiment savoir quelle forme lui donner. Il admet que certains personnages sont nés de son imagination, mais insiste sur le fait qu’il s’est efforcé de respecter un maximum la chronologie connue, les faits établis. Il a joué sur les vides, sur les incertitudes, a appliqué à la lettre le conseil de Virginia Woolf pour écrire des biographies, créant une « queer amalgamation of dream and reality, and perpetual marriage of granite and rainbow » (ce qui pourrait se traduire par « un mélange étonnant de rêve et de réalité, un mariage éternel de granite et d’arc-en-ciel »). Malgré tout, la présence d’un pastiche d’une pièce de Williams, incorporé au récit, achève de sceller le destin du livre, une œuvre peut-être trop ambitieuse.  

Les diables bleus fut donc une lecture en demi-teinte – un style très riche, poétique et imagé, une histoire parfois instable et avec quelques longueurs mais dégageant une aura certaine. Vibrante.

Cette critique du NY Times, pour les anglophiles, leur permettra peut-être d’avoir un avis éclairé sur cette œuvre.

Enfin, merci à NetGalley et aux éditions du Cherche Midi pour cette lecture.

Crédits photo : la photographie en arrière-plan représente Tennessee Williams et Frank Merlo (Tennessee Williams Collection, Rare Book & Manuscript Library, Columbia University)

Ils en parlent aussi : Au saut du livre, L’ivre lecteur, Patricia Sanaoui-Olivier, L’ivre lecteur

7 réponses sur « Les diables bleus, Christopher Castellani »

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