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Le chardonneret, Donna Tartt

Chef d’œuvre, récit d’apprentissage, traité philosophique, manifeste nihiliste, malédiction sordide, éblouissement, rêve auquel s’accrochent des filaments de cauchemars.

Le chardonneret, où l’histoire d’un tableau mais aussi d’un homme, enfant devenu grand, Theodore Decker. L’oiseau immobilisé sur son perchoir, immortalisé dans son immobilité est semblable à une allégorie – allégorie du héros, du peintre mais aussi de tout homme. Donna Tartt, comme dans Le maître des illusions, adopte une structure circulaire, achève son roman presque là où il commence, dépasse d’à peine quelques pages le postulat de départ. À Amsterdam, dans un hôtel luxueux et pourtant rendu miteux par l’état déplorable du narrateur, enflé de drogue et d’alcool, les sens encombrés d’hallucinations provoquées par l’emprise des substances plus ou moins fortes qu’il affectionne. Depuis que sa mère est morte, une quinzaine d’années plus tôt, Theo doit survivre – sans vraiment comprendre pourquoi s’attacher à la vie est si important. Pour s’échapper, oublier le cauchemar dans lequel il vit, il en crée un autre, il tisse un autre univers tout aussi sombre mais moins réel, à base de pilules, de poudre, d’herbe et de vodka. Donna Tartt décrit parfaitement les états semi conscients, comateux, entre rêve et réalité, elle parvient à nimber toute chose d’une aura onirique ou plutôt cauchemardesque – un cauchemar éveillé. Plus rien ne semble vrai, alors que tout apparaît devant nos yeux, presque tangible, à portée de main. Le lecteur traverse des halos, des songes successifs, dans le sillage de Theo, dans son esprit, derrière lui à New-York, dans le musée, dans le quadrillage pollué de ses rues, à Los Angeles, dans le désert, dans ce lotissement presque abandonné, sordide, puis dans la boutique d’Hobie, aux effluves de bois et de cire, de poussière et de sueur tiède – et l’on revoit la patience acharnée du créateur rafistoleur, premier amour du narrateur des Variations sentimentales d’André Aciman, la sensualité en moins. Le repère, le point d’ancrage est le même – les antiquités, les vieilles choses, les matériaux solides et concrets. Et la beauté de l’art.

Le style est magistral, le roman, inclassable. « Dickens avec des flingues, Dostoïevski sous amphétamines, Tolstoï chez les marchands d’art. » nous dit le Times. Suspense et douleur, passion et violence, drogue et famille, rêve et réalité, beauté et éblouissements – parce qu’au fond, toute la quête du héros n’est qu’une poursuite de la splendeur parfois laide, parfois brute, parfois abjecte, de l’art, par tous les moyens ; fuite insensée vers un ailleurs qui serait comme une porte sur notre propre existence.

Plon en parle ici

Ils en parlent aussi : Lectures de rêves, Parlez moi de livres, Le petit crayon, Lectiobus, Donna Tartt par Chifaou, L’écho de la fontaine, Au fil des bleus, De bouche à oreilles, Carolivre, Biblioblog, Cornelia, Charlotte Parlotte, Ma toute petite culture, La viduité, Kristeen Duval, Madame lit

27 réponses sur « Le chardonneret, Donna Tartt »

Peut-être quelques unes mais la plume rattrape tout je trouve…
Ah oui ? A mon sens, Le maître des illusions est plus classique (très représentatif de la littérature américaine) que Le chardonneret qui mêle plusieurs genres. Je pense que le style m’a plus soufflée ici cela dit !

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il est dans ma PAL depuis longtemps, je remets toujours à plus tard…
Je me suis procurée « Le maître des illusions », donc je commencerai par celui-là… Je suppose que c’est aussi un pavé?
J’ai un peu de mal avec les pavés en ce moment, syndrome du confinement?
belle critique 🙂

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Le chardonneret est plus long que Le maître des illusions, la version grand format doit faire plus ou moins 1000 pages… Et comme je le disais à Mumu, c’est peut être mieux de commencer par Le maître des illusions de ce fait. Le suspense est plus présent et tu te feras une assez bonne idée de la plume de l’auteure 😉
Moi c’est tout le contraire… Syndrome inverse ?
Merci !

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On me l’a offert et je l’ai lu il y a longtemps et je reconnais que cela démarrait très bien, j’étais enthousiaste mais je me suis perdue en route….. Trop de longueurs inutiles pour moi mais je devrais peut-être le relire. Je me suis procurée Le maître des Illusions et si j’accroche avec celui-ci je relirai peut-être Le chardonneret 🙂

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Ma mère avait détesté, trouvé trop de longueurs aussi… Elle a levé les yeux au ciel quand je suis redescendu avec Le chardonneret sous le bras.
Le maître des illusions entretient peut être plus le suspense et le roman est moins long donc sans doute un peu plus direct 😉

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