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Romans étrangers

Ces montagnes à jamais, Joe Wilkins

Une nouvelle fois, Gallmeister nous emmène dans les montagnes, au cœur des États-Unis. Joe Wilkins raconte le Montana de son enfance, entre bois et canyons, entre humanité et bestialité, entre aridité de la terre, violence des hommes et poésie des étoiles.

Wendell Newman est né dans le Montana, en plein milieu de ces Bull Mountains qu’il ne quittera jamais. Il travaille avec le bétail, comme tant d’autres hommes autour de lui. Comme s’ils ne pouvaient exister sans la nature, pourtant si dure, si cruelle envers les âmes humaines dans cet état situé à l’extrême nord des États-Unis. Le climat est aride, transformant les paysages tantôt en fournaise, tantôt en banquise. L’eau ne coule plus. De la poussière s’élève du sol à chaque pas. Mais les étoiles sont plus brillantes que nulle part ailleurs – et Joe Wilkins les décrit comme personne. Il se place d’emblée, avec ce premier roman, à la hauteur de Pete Fromm et de son livre initiatique Indian Creek, de Mesha Maren et de Sugar Run, qui parle aussi, avec réalisme et poésie, de ces oubliés des politiques démocrates, de cette Amérique rurale qui a élu Trump.

Wendell est orphelin depuis plusieurs années. Son père a disparu quelque part dans les canyons, les laissant tout seuls, sa mère, lui, et Lacy, la cousine, Lacy l’intrépide. Lacy qui est tombée enceinte et qui est partie. Et puis la mère a craqué. La famille ne se compose donc plus que de Wendell, de cette fille farouche et de son enfant, Rowdy. Rowdy qu’on amène à son « oncle », qu’on lui demande de garder. Le gamin n’a plus que ce proche, sa mère est en prison – alors soit il vit chez Wendell soit on le place dans un foyer. Le choix était vite fait pour son aîné. Rowdy ne parle pas, il est fragile et s’effraie facilement. Mais il réveille le meilleur chez Wendell, il adoucit cette âme tendre, rendue bourrue par la solitude.

Et puis il y a Gillian, l’enseignante, Gillian qui a perdu son mari un peu plus d’une décennie plus tôt et qui se bat pour que les élèves n’abandonnent pas, ne décrochent pas et ne préfèrent pas aux études la nature qui sera nécessairement ingrate envers eux, qui ne leur rendra pas leur sacrifice. Elle vit avec Maddy, sa fille, elle lui donne tout son amour, elle l’entoure, l’étouffe même parfois.

Tous ces personnages ont été marqués par la vie, par la montagne qui les a endurcis, leur a retiré leur innocence trop vite. Ces montagnes, c’est aussi le siège des indépendantistes, le berceau de ces radicaux qui crachent sur l’état fédéral, sur les législations, sur l’écologie, sur la présidence Obama, qui ne jurent que par leurs fusils, la chasse au loup et la liberté de gérer leurs terres comme ils l’entendent.

À la fois critique sociale et plongée dans cette Amérique profonde, Ces montagnes à jamais est avant tout un roman profondément humain, qui met en avant des « outcasts », des Américains qui ne rentrent dans aucune case, perdus dans des préoccupations qui étaient celles de leurs ancêtres. Passé et présent s’alternent, se côtoient, l’un puisant ses sources dans l’autre, comme un cercle qui se répéterait à l’infini, ouroboros inquiétant et implacable. L’ouest et sa dureté, sa rudesse, ses fondamentalistes républicains et ses résistants, ceux qui ne font pas de bruit – ou si peu, mais qui se battent pour que les chosent changent.

Un immense merci aux éditions Gallmeister qui, en contribuant encore une fois à enrichir le site d’aVoir aLire, ont également contribué à enrichir ce blog.

Crédits : l’illustration en arrière-plan de la photographie est extraite de Fort Navajo, Une aventure du Lieutenant Blueberry (texte de Charlier – dessin de Giraud) / La citation écrite sur les « stripes » du drapeau américain provient du dernier numéro d’America

Ils en parlent aussi : Librairie de l’hôtel de ville, Aire(s) Libre(s), Librairie L’Odyssée, Les libraires masqués du grenier, Chroniques du rail, From the avenue…, Le jardin des lettres, Au temps lire, Quatre sans quatre, Encore du noir, Journal de François

8 réponses sur « Ces montagnes à jamais, Joe Wilkins »

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