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Le consentement, Vanessa Springora

Ce n’est pas un livre que l’on lit le cœur léger et la fleur au fusil. Parce qu’avant d’être un roman, c’est une confession.

Vanessa Springora, ou V., a rencontré et côtoyé Gabriel Matzneff, G., alors qu’elle avait quatorze ans. Pour cette adolescente presque orpheline de père, cette présence masculine et marquée l’attire irrépressiblement, dès le début, dès les premiers regards – appuyés des deux côtés. Rapidement, l’écrivain et la jeune fille se revoient, après avoir échangé de nombreuses lettres. Comment résister à un illustre homme de lettres, au charisme indéniable et qu’il est si facile de confondre avec la figure paternelle manquante et tant désirée ? V. tombe dans ses bras, est amoureuse, ne réalise pas que celui à qui elle se dévoue corps et âme est « ce qu’on apprend à redouter dès l’enfance : un ogre. ».

Les paroles sont dures, les mots sont crus – mais rarement trop. L’auteure raconte, raconte sa jeunesse et son mal-être, son aveuglement, son envie d’y croire, et puis la chute d’Icare, le bouleversement et la honte, la douleur et l’humiliation, permanentes. Après avoir mis fin à cette relation toxique et illégale, dangereuse et excitante précisément pour cette raison, elle doit faire face aux souvenirs, entêtants, et au harcèlement incessant de son bourreau, de celui dont les actes sont guidés véritablement par « deux motivations (…). Jouir et écrire ». Alors après avoir joui, il écrit sur elle, pour elle, sans son accord, sans son consentement cette fois.

D’aucuns considèrent ce livre comme du voyeurisme – et effectivement, le lecteur se sent tantôt voyeur, tantôt victime, tantôt bourreau, et toujours mal à l’aise, mais Vanessa Springora l’écrit elle-même à la fin de ce récit : « Écrire, c’était redevenir le sujet de ma propre histoire. Une histoire qui m’avait été confisquée depuis trop longtemps. ». Les mots sont choisis avec soin, et les mots peuvent être des lames mais aussi des larmes : ils peuvent faire souffrir ou soulager. Grâce au Consentement, on imagine très bien que l’auteure se sert de leurs deux qualités.

Finesse, métaphore du conte de fée tragique et réflexion teintent cette confession d’un rouge passé, du rouge de la passion et du rouge du sang, du rouge de la douleur – partout, toujours.

Merci aux Éditions Grasset et à NetGalley pour cette lecture.

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27 réponses sur « Le consentement, Vanessa Springora »

Ta critique est très belle et juste. Selon moi, Vanessa Springora souhaite enfermer son bourreau pour l’éternité dans un livre. Elle le prend à son propre piège et enfin elle lui dit droit dans les yeux : « tu es un monstre ». La mère de Vanessa a un rôle pour le moins ambiguë et que dire du milieu littéraire qu’elle fréquentait. La rencontre avec le penseur Cioran est sidérante. C’est un livre qui s’inscrit dans la veine du mouvement MeToo pour que la parole des victimes se libère. Dans le même style, j’avais trouvé le livre de Alexandria Marzano-Lesnevich « L’empreinte » plus convaincant sur le plan littéraire. Mais là encore bravo pour ce courage qu’elle a eu de témoigner. Merci Cécile pour ce beau partage 🙂

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Merci à toi pour ce commentaire et pour cette référence 🙂
Je n’ai pas lu L’empreinte, mais j’ai trouvé la plume de Vanessa Springora parfaitement adaptée à ce qu’elle nous raconte, nous confie. Elle n’en fait jamais trop et pourtant on ressent son désarroi et ce besoin de s’épancher à travers ses mots simples et directs sans jamais l’être trop.

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J’ai lu le livre…. j’ai ressenti qu’elle souffrait, alors qu’elle pensait en un premier temps, malgré la différence d’âge qu’il était amoureux d’elle……
Quelle déception et quel  » Monstre  » en définitive était ce Monsieur….

Merci pour ta critique.

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Difficile j’imagine d’aborder ce roman de manière dépassionnée, et je trouve la manière de reprendre possession de sa propre histoire une excellente réponse littéraire à l’auteur que Vanessa Springora incrimine. Mais qu’est-ce qui l’a blessée le plus dans toute cette histoire ? Le fait d’avoir été sous emprise sexuelle ou sous emprise littéraire ? À lire la critique, c’est presque la deuxième blessure qui semble être la plus vive.

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Faut faire passer le message et donner des émotions sans pour autant arriver dans le larmoyant qui pourrait faire fuir les gens. Le dosage était parfait. Même si à un moment, j’avais la sensation d’être un peu une voyeuse (l’épisode avec le gényco et ceux où GM a des relations sexuelles avec elle)

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Oui, c’est vrai que le côté « voyeur » critiqué ici et là n’est pas l’aspect le plus marquant du récit, pas du tout même, c’est avant tout une confession pour une reconstruction – enfin je l’ai perçu comme ça…
Je salue l’effort 😉

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