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Romans français

Avant la longue flamme rouge, Guillaume Sire

Quel roman.

Dès les premières pages, l’émotion qui nous envahit est particulière, les mots font mouche, l’alchimie fonctionne. Les phrases sont courtes, l’onirisme imprègne chaque paragraphe. Peter Pan, L’Odyssée, René Char, la mythologie grecque, hindoue, les légendes. Tout cela se mêle dans la tête de Saravouth pour finalement faire corps avec lui, avec sa vie, avec ses pensées. Enfant Cambodgien en 1970, lors des débuts de la guerre civile, le garçon vit avec sa famille à Phnom Penh, bientôt assiégée, telle Troie. Sa mère lui a appris la littérature française, la magie des mots, lui a transmis le goût pour les rêves. Son père lui a appris à jouer aux échecs. Sa sœur le rejoint dans son Royaume Intérieur, ce royaume constitué de bribes d’histoires, de fragments de songes, et elle permet à ses fondations de tenir, même sous les coups des assaillants. Et puis. Et puis la guerre, et puis les tensions, et puis le sang, la douleur, la mort. Saravouth devra survivre à ses blessures mais aussi et surtout à sa solitude. Sa plus grande quête sera désormais, plus encore que la vie, la recherche de sa famille, de traces, d’infimes indices, de preuves qu’ils sont là, quelque part, toujours vivants.

Pas de phrases compliquées, de mélange périlleux et complexe entre histoires et politique comme s’y essayait (certes brillamment) Jean-Noël Orengo dans Les Jungles Rouges. Non, ici, tout est limpide, tout est fait en finesse mais sans trop de subtilité non plus. Guillaume Sire, dans ses remerciements, salue une femme « grâce à qui ce roman est devenu ce qu’il fallait qu’il soit ». Et c’est exactement ça. Ni plus, ni moins, ni trop, ni pas assez. Bouleversant, plus que de raison. D’autant plus lorsque l’on apprend, dans les dernières lignes, qu’Avant la longue flamme rouge et ses personnages sont réels, que Saravouth est là, quelque part dans le monde. Qu’il a vécu ce conflit qui vient de nous balayer telle une lame de fond, qu’il a vécu ces déchirements successifs, cette quête à la fois insensée et incontournable, absolue et vaine.

L’émotion, que l’on pensait à son maximum, monte encore, de plus en plus, crescendo, jusqu’à ce que l’on referme ce livre, les larmes aux yeux devant une écriture si juste et une histoire si touchante, poignante, si violente et tendre.

Guillaume Sire met des mots sur l’innommable, et transforme en rêves les pires cauchemars.  

Crédits : l’illustration de Clochette sur la photographie qui accompagne cet article est empruntée à Peter Pan de Loisel.

Ils en parlent aussi : Céline Viel, La librairie de Wookiko, Lili au fil des pages, Au fil des livres, Les livres d’Ève, Parfum livresque, Lire et vous, La bibliothèque de Juju, Twin books, La culture dans tous ses états

18 réponses sur « Avant la longue flamme rouge, Guillaume Sire »

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