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Critiques, cinéma français

Un homme banal pas banal (L’angle mort, Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic)

Voilà un film quelque peu poétique mais aussi assez perturbant, et je ne pense pas être la seule qu’il laissera perplexe, sur sa faim.

Dominick (Jean-Christophe Folly) a un don (ou est-ce une malédiction ?), il peut devenir invisible à l’envi. À l’envi ? Plus vraiment. Son pouvoir, à l’image du Paris dans lequel il vit, se détraque complètement. Parfois il ne parvient plus à disparaître, et d’autres fois c’est réapparaître qui lui cause bien du souci. Pas facile pour mener une vie sociale normale – ou même une vie amoureuse. Viveka (Isabelle Carré) ne comprend pas vraiment cet homme sur qui elle ne peut pas compter, qu’elle finira même par juger « méchant et tordu ». Alors quelle est la solution pour lui ? Peut-être sortir avec une aveugle qui pourra voir ce que le commun des mortels ne voit pas…

Sur le plan scénaristique, rien de bien fou donc. Au niveau de la mise en scène, un format d’image original (1.33 carré), de beaux jeux de lumière sur la peau d’ébène de Jean-Christophe Folly, souvent nu sans que cela en soit gênant pour autant, ou sur le teint ambré de Golshifteh Farahani. L’ombre a également toute sa place dans nombre de séquences, et c’est donc une jolie symbolique qui se déploie là. Puisque nous en sommes à parler de symboles, alors pourquoi ne pas dresser de parallèle avec Homme invisible de Ralph Ellison – comparaison établie plus ou moins clairement par nombre de critiques sans que cela ne me traverse l’esprit une seule fois durant la séance… Oui, peut-être en effet que Pierre Trividic et Patrick Mario Bernard qui ont repris le projet avorté d’Emmanuel Carrère, ont cherché à mettre l’accent sur l’invisibilité qui va souvent de paire avec la noirceur de la peau. Pourtant, interrogés par Allociné, les réalisateurs ont confié que : « Dominick, le premier rôle, est noir, et il a les problèmes de tout le monde, pas des problèmes-de-noir-au-cinéma », tout en assurant que : « Eh bien, il est noir sans raison. Il faudra se contenter de ça ». À ce niveau-là, leur pari est donc réussi puisque pas une seconde le spectateur ne voit les choses comme certains chroniqueurs les ont perçues.

L’acteur principal était sur le projet depuis ses débuts, et pourtant son jeu ne sonne pas toujours juste… Sa présence est indéniablement charismatique, cela dit, et son corps massif mais gracieux apporte beaucoup à la poésie des plans.

Ainsi, L’angle mort est une réécriture intéressante d’un film de super-héros, de super-héros qui n’en est pas vraiment un et qui, en cela, contraste avec les protagonistes Marvel.

Un projet pas complètement convaincant : dommage, il semblait prometteur.

La bande-annonce ici 🙂

Ils en parlent aussi : Maze, Cinéma Eldorado, Cinéphiles 44, Jipéhel, In ciné veritas

10 réponses sur « Un homme banal pas banal (L’angle mort, Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic) »

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