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Un confondant jeu de dupes (Mensonge, JP Delaney)

Un thriller psychologique addictif aux accents glauques, voilà ce que livre JP Delaney ici. Certains adeptes de cet auteur verront peut-être quelques ressemblances avec son premier roman et c’est normal : il explique avoir choisi de complètement le retravailler et de profiter du succès de La fille d’avant pour donner une nouvelle vie à cette première histoire. En effet, elle n’avait pas beaucoup séduit le grand-public et avait peiné à se vendre malgré des critiques positives. Cet aveu touchant est fait dans les dernières pages de Mensonge (le titre original, Believe-me, étant plus à propos) et on comprend rapidement pourquoi il a souhaité donner une seconde chance à ce jeu de dupes saisissant.

Claire, la narratrice, a vingt-cinq ans. Elle est orpheline et Britannique d’origine mais se retrouve aux États-Unis dans l’espoir de réaliser son rêve et de monter sur les planches : l’école d’art dramatique de New York l’a acceptée en son sein. Pour payer ses études sans carte verte, elle joue les prostituées pour une agence d’avocats, répondant aux exigences de femmes soupçonneuses. Ainsi, elle enregistre la discussion d’accroche entre sa cible et elle, avant de planter là le goujat et de récupérer son argent en échange du magnétophone qu’elle remet à l’épouse, mortifiée. Seulement, un soir, les choses ne se passent pas tout à fait comme prévues et sa cliente est retrouvée morte. On tombe alors dans le thriller noir. Claire est tout d’abord soupçonnée puis finalement débauchée par la police pour séduire le veuf, aux goûts étranges et discutables, entrant ainsi dans une spirale infernale.

Ce jeu de rôles embarquera également le lecteur, personne ne sachant qui trompe qui, qui est fiable et qui ne l’est pas. Claire a beau s’exprimer à la première personne du singulier pour raconter son histoire, sa paranoïa et sa tendance à se fondre dans le personnage qu’elle incarne sont confondantes et interrogent à chaque page : la narratrice est-elle digne de confiance ? Partant de là, le lecteur se retrouve sur un fil, hésitant sans cesse à croire à ce qu’il lit puis persuadé par les faits narrés avant de ne plus savoir à nouveau. Cette sorte de mise en abîme permanente nous empêche de vraiment nous attacher à Claire et on le regrette quelque peu, même si la construction du roman vaut le détour.

Certaines scènes sont écrites à la manière d’un scénario cinématographique et rendent Mensonge plus visuel. L’écriture n’a, en soi, rien d’exceptionnel : beaucoup de dialogues et un style somme-toute assez passe-partout. C’est davantage l’aspect psychologique qui a son intérêt. Les éléments biographiques sur Baudelaire attisent également notre curiosité et rendent ses Fleurs du Mal bien moins nobles – et plus sordides et questionnables.

Un thriller psychologique intéressant donc, aux rebondissements multiples : à lire si vous n’avez pas peur d’être baladé par l’auteur et de ne rien maîtriser.

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Merci à NetGalley et aux éditions Fayard pour cette lecture

Ils en parlent aussi : Plume de crime, Le petit crayon, Les lectures d’Hatchi, Aude bouquine, Lire et courir, Les livres d’Ève, Les mots de Virginie, Le rat qui lit, Liseuse hyperfertile, Sang pages, Des plumes et des livres, En tournant les pages, Lectures d’A

3 réponses sur « Un confondant jeu de dupes (Mensonge, JP Delaney) »

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