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Alice, femme de son temps (La symphonie du hasard, Douglas Kennedy)

Douglas Kennedy dresse ici un portrait de femme où rien ne manque. Tous ses personnages sont construits, leur psychologie est intéressante et aucun n’est pensé de manière manichéenne. Rien n’est ici noir ou blanc d’ailleurs : cette trilogie est bâtie toute en nuances, sur deux décennies. Les États-Unis, leur Histoire depuis les années 70 servent de toile de fond mais pas seulement : l’auteur l’exploite intelligemment, s’en sert pour rebondir, pour tisser son histoire, ses petites histoires. En réalité, comme il l’a confié au Figaro, « Alice, c’est (lui) ». Malgré tout, le fait d’avoir choisi de se déguiser en un personnage féminin lui permet d’instaurer une distance indispensable entre son héroïne et lui-même, de prendre du recul sur ce qui mêle fiction et autobiographie. Il parvient à rendre ses romans addictifs, le rythme est enlevé, tout s’enchaîne sans anicroche, sans que rien ne sonne faux, jamais.

Il n’épargne rien à Alice, la narratrice de ces trois livres, elle est malmenée par la vie comme on peut supposer qu’il l’a été. La famille est omniprésente, plus souvent source de problèmes que de réconfort, alors que l’amitié qu’elle noue avec de nombreuses personnes est, quant à elle, salutaire à bien des égards. C’est là qu’elle puise la force d’affronter ce qui lui arrive, d’affronter les fléaux de l’amour et de son temps : l’antisémitisme, le Chili et la dictature, l’Irlande, Dublin et sa violence, le sida et l’homophobie. La musique, les Viceroy qu’elle fume à la chaîne, les préoccupations hippies, le look qui va avec… Alice est un phénomène, une fille (puis une femme) qui nous ramène cinquante ans en arrière. Fille d’un irlandais catholique fier et ancien marine, et d’une mère juive étouffante et instable, elle se construit comme elle peut entre ses deux frères, elle évolue sous nos yeux ébahis, de ses dix-sept ans à la trentaine, cahotant au rythme effréné que lui impose son créateur. On s’attache à elle, elle devient comme une amie, une connaissance intime que l’on a envie de suivre, de comprendre et d’aider. Une fois le dernier tome achevé (le à suivre veut-il dire que cette trilogie hybride aura une quatrième tête ?), on a envie de les reprendre depuis le début parce qu’on ne veut pas quitter Alice.

Une critique fort intéressante de RTL ici et ce qu’en dit Belfond ici 🙂

7 réponses sur « Alice, femme de son temps (La symphonie du hasard, Douglas Kennedy) »

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