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Une gifle magistrale (J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany)

J’ai pris une véritable claque en lisant ce roman. Bien entendu, je savais (vaguement) ce qu’il s’était passé en Égypte, en 2011. Sauf que j’avais 12 ans à l’époque et autant dire que ce n’était pas encore l’actualité internationale qui me passionnait.

J’ai rarement lu un livre aussi percutant que J’ai couru vers le Nil. Sa construction en roman chorale le rend encore plus fort, elle permet de montrer à quel point la Révolution a touché tout le monde, hommes et femmes, garçons et filles mais aussi pauvres et riches, jeunes et vieux. Pendant les cent premières pages, elle rend la lecture un peu laborieuse parce que l’on peine à voir les liens entre les différents noms qui apparaissent d’un chapitre à l’autre. On peine aussi à s’immerger totalement dans l’univers du roman tant les coutumes, le mode de vie des Égyptiens nous semblent venir d’un autre monde. Mais on finit par rentrer totalement dans l’histoire – qui est aussi l’Histoire. Et quelle histoire. On devient peu à peu coutumier de cette culture, on mesure l’omniprésence de la religion, son rôle dans l’opposition mais aussi dans le soulèvement, son utilisation par les médias. La toile d’araignée créée par Alaa El Aswany se tisse peu à peu, et nous nous retrouvons pris au piège en son sein, incapables de lâcher ce livre, ce témoignage, ce cri du cœur.

Ne vous méprenez pas, ce n’est pas seulement un documentaire : c’est beaucoup plus que cela, c’est de l’amour, du sang, de l’humanité et des horreurs, des personnages que l’on en vient à considérer comme nos amis.

On commence par suivre le Général Alouani, chef de l’Organisation et responsable de la Sécurité d’État. Ensuite, vont nous être présentés Dania sa fille étudiante en médecine, Achraf qui vit au pied de la place Tahrir, Asma et Manzen dont on suit la correspondance. Des chapitres sont aussi consacrés aux opposants à la révolution, à Nourhane, présentatrice en vogue de la chaîne de télévision du régime, à Issam Chaalane, personnage ambigüe et complexe, et à tant d’autres. Ce roman est riche, si riche, riche en personnages, en humanité, en informations. Chaque page est une surprise. Il parvient à donner une vision globale des événements de 2011, à dresser une véritable fresque de ce qu’est alors l’Égypte, tant socialement que politiquement parlant. Quelques pages sont également consacrées aux vrais témoignages de certains jeunes dont le nom a été modifié et l’identité ainsi préservée. Glissés au cœur de l’intrigue, au cœur de la Révolution, on en saisit encore mieux la portée, les dommages.

C’est sans doute parce que les habitants de ce pays ne sont toujours pas libres au sens premier du terme que J’ai couru vers le Nil est interdit de publication dans le pays d’origine de Alaa El Aswany – ainsi que dans la majorité des pays du Monde Arabe, comme le rappelle ici La Croix, avant de préciser que l’auteur est « poursuivi par le parquet général militaire égyptien pour ‘insultes envers le président, les forces armées et les institutions judiciaires égyptiens’ ». On remarquera d’ailleurs que le titre arabe La République comme si (publié sous ce nom au Liban) est bien plus parlant que J’ai couru vers le Nil.

Pour un peu plus d’informations sur la situation politique au pays des pharaons, c’est ici (vision globale, générale et très parlante de 1950 à 2014) et ici (politique du président actuel)

Voici un entretien France Culture avec Alaa El Aswany où il évoque son livre, l’Égypte et la situation actuelle…

Enfin, vous trouverez ici ce que dit Actes Sud de ce roman qu’il édite.

Ils en parlent aussi : Les libraires masqués du grenier, La librairie d’Hélène, Parlez-moi de livres, Les mots chocolats, The unamed bookshelf, Le blog de Krol, Claja lit, Moon palaace, Un cahier bleu, Dadoulit, Far far away, Little coffee book, Le cri du lézard

14 réponses sur « Une gifle magistrale (J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany) »

C’est plus la construction et ce qu’il raconte qui m’ont vraiment plu, le style est assez ampoulė à certains moments ou bateau à d’autres. Je pense que l’auteur a cherché à coller un maximum aux personnages, ce pourquoi les voix narratives se confondent à bien des moments et ce pourquoi le style varie d’une page à l’autre.
J’espère que je ne t’ai pas rebutée parce que le roman, son message surtout, vaut vraiment la peine !
Merci de ce commentaire ☺

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C’est vraiment passionnant, palpitant et c’est un grand livre.
Eeh oui, disons que quand on le lit et quand on sait que le régime égyptien n’est toujours pas très loin de la disctature, on comprend qu’il soit interdit… même si ce n’en est pas moins anormal !
Bisous !

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