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Critiques, cinéma étranger

L’amour à cinquante ans (Retour de flamme, Juan Vera)

Si les romans d’Anne Tyler (on peut notamment citer Un mariage amateur) devaient être transposés en films, alors ils ressembleraient à Retour de flamme. Un couple s’aime, mais le sentiment amoureux n’est plus là – logique après vingt ans de vie commune… Alors une fois leur fils Luciano parti, Marco et Ana décident d’un commun accord de se séparer. Ils batifolent, chacun de leur côté, tout en ayant toujours un lien ténu qui les relie l’un à l’autre.

Ricardo Darín (déjà incroyable dans Everybody knows d’Almodóvar) joue aux côtés de Mercedes Morán et chacun a un rôle équivalent. L’homme et la femme ont une place égale dans ce film, qui s’attache à décortiquer les sentiments amoureux après cinquante ans, après le syndrome du nid vide.  Certaines scènes sont vraiment drôles parce que Juan Vera parvient à saisir le comique des petits riens de la vie, à rendre risibles des choses de tous les jours parce que la situation est ridicule mais pourrait arriver à n’importe qui.

Ana, c’est le rouge, la passion, l’agacement, la fantaisie, la chaleur sud-américaine, alors que Marco c’est le bleu, comme ses yeux, la sagesse, la distance, le calme, la raison. Le réalisateur dissémine donc des touches de ces deux couleurs dans chacun de ses plans pour accentuer ce qui apparaît comme une opposition entre ces deux personnages, mais aussi comme un besoin de complémentarité.

Ce que Juan Vera sous-entend ici, dans son premier film en tant que réalisateur, c’est que la passion évolue, prend des chemins parfois compliqués et s’atténue : on aime différemment à vingt ans et à cinquante. Et parfois il faut prendre de la distance, du recul, s’amuser et vivre ce que l’on pense être une liberté incommensurable pour s’en rendre compte.

D’aucuns trouveront ce film interminable, alors d’accord il est un peu long, mais on prend tellement de plaisir à suivre le destin de ces deux personnages que le temps passe vite. Vraiment. On voit Ana et Marco se tourner autour, s’éloigner, se rapprocher, s’égarer, pour toujours être irrésistiblement attirés l’un par l’autre, tels deux aimants, comme s’ils ne pouvaient trouver leur centre de gravité qu’ensemble.

Juan Vera dit s’inspirer de Woody Allen, et en cela il rejoint la comparaison que je faisais au début : il a fait de la simplicité et de la complexité de l’amour l’objet de son film. Retour de flamme s’attache au déroulement tranquille des années, à montrer Ana et Marco déambuler comme entre les vitrines de leur passé commun.

Une belle réussite.

La bande-annonce ici 🙂

9 réponses sur « L’amour à cinquante ans (Retour de flamme, Juan Vera) »

Ton avis me plait, j’ai très envie de voir ce film espagnol. Je vais essayer de le trouver étant-donné que je l’ai manqué au ciné. Je suis fan pour ma part d’Almodovar, moins cependant de Woody Allen. Merci pour ces supers critiques. J’aime beaucoup ton concept de blog et c’est toujours un plaisir de flâner par ici.

Aimé par 1 personne

Ooh quel joli message ! Merci, je suis très touchée de ton commentaire. Sache que c’est toujours un plaisir d’échanger avec toi également, que ce soit ici ou sur ton blog, très riche, où je me nourris de références 😉
Oui, Retour de flamme est un film bien agréable, intéressant parce que différent. Almodovar et Woody Allen ont un cinéma qui me plaît beaucoup à moi aussi 😉
Bonne journée !

Aimé par 1 personne

Répondre à Vampilou fait son Cinéma Annuler la réponse.

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