L’amour, les remords et les regrets (Les variations sentimentales, André Aciman)

Après Appelle-moi par ton nom, André Aciman signe un nouveau roman sur l’amour, le désir et les sentiments. Paul, jeune homme assez indécis quant à son orientation sexuelle, tombe amoureux souvent, beaucoup, passionnément et chacune des parties de cette œuvre porte le nom d’un de ses soupirants. Il écrit tantôt en s’adressant à l’objet de ses désirs, tantôt en parlant d’ « elle » ou de « lui ».

L’histoire débute en Italie, sur la petite île de San-Giustiniano et l’auteur a un réel don pour nous emporter avec lui au bord de la mer, dans l’atelier de l’ébéniste Nanni, si cher au cœur de Paul. Les couleurs, les odeurs, le soleil qui brûle autant que les diluants et l’amour, voilà ce que nous transmet le narrateur d’André Aciman avec brio. Puis ce sera New-York et la neige, New-York et la pluie, les cocons où se blottir en écoutant les gouttes tomber, les cafés où se retrouver et où échanger les premiers regards qui en annoncent tant d’autres.

Semblables aux Variations Diabelli de Beethoven, que Paul écoutait avec son père, ses sentiments montent, culminent, puis s’étiolent lentement, comme une brume qui s’élèverait dans l’air et se dissiperait parmi les nuages. Puis le cycle reprend, d’autres rencontres provoquent une nouvelle étincelle. Dans l’idée, on se rapproche de la « cristallisation » du sentiment amoureux décrite par Stendhal, qui serait ici mêlée à la « décristallisation » ensuite théorisée par Gide. Les mots sont beaux, durs, poétiques et crus, comme les émotions et les désirs qu’il invoque. Chacun peut s’identifier à l’une des manières d’aimer, d’avoir envie, de Paul puisque toutes sont différentes, aucune ne ressemble à l’autre tout en se nourrissant de l’histoire (ou de l’absence d’histoire) précédente.

C’est un parti pris assumé que de presque donner l’impression que le narrateur n’est pas le même d’une variation à l’autre, que sa vie est décousue et que chaque relation n’a presque pas de lien avec celle qui a eu lieu avant. Cela m’a gênée au début puis certains indices ont ensuite montré que les sentiments changeants de Paul évoluaient au grès de son flirt précédent, que son désir s’étouffait pour l’un pour mieux naître pour l’autre.

L’écriture d’André Aciman est vraiment d’une subtilité magistrale et il décrit les sentiments amoureux mieux que personne. La performance de la traductrice, Anne Damour, est également à souligner.

4 commentaires sur “L’amour, les remords et les regrets (Les variations sentimentales, André Aciman)

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    1. Je l’ai préféré à Appelle moi par ton nom ! Le narrateur est plus attachant, moins obsessionnel (quoique) qu’Elio. En tout cas j’ai trouvé celui-ci mieux, peut être plus nuancé 😉 donc il faut effectivement que tu t’y plonges !

      Aimé par 1 personne

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