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Un livre dangereux (Le Zéro et le Un, Ryan Ruby)

L’histoire est racontée à la première personne. Owen, étudiant, découpe son récit de manière à ménager le suspense. Il y insère des expériences marquantes, repasse à son présent à New-York, puis revient à la chronologie qui mena au drame, à la situation dans laquelle il se trouve alors. Cette construction est intéressante et permet de comprendre peu à peu ce qui se passe, sans révélation alambiquée. Les rouages se mettent en place dans notre tête et nous laissent le temps de deviner.

Les aphorismes extraits du traité Le Zéro et le Un (d’un philosophe adoré de Zack et qui fera l’objet d’une quête jalonnant le roman) doivent être lus attentivement si on veut les comprendre mais leur présence apporte un plus au livre et permet une lecture plus avertie et alerte des chapitres qu’ils précédent. La réflexion présentée par Ryan Ruby est intéressante mais peut paraître déroutante. Je pense que pour profiter un minimum de son écriture, il faut avoir des restes de cours de philo ou la lecture risque d’être plus ardue que prévue. On saluera donc la performance de l’auteur puisque Hans Abendroth – ce fameux philosophe – n’est pas connu du grand public (existe-t-il seulement ? Compliqué à dire même si j’ai cru comprendre que oui). En outre, sa pensée est loin d’être facile à suivre et on sent bien que Ryan Ruby maîtrise à la perfection ses thèses qui imprègnent le roman.

Les livres de ce genre me plaisent généralement. J’aime voir l’évolution d’un groupe d’amis qui se rencontrent à l’université (ici Oxford), examiner leur vie qui se mêle à celle des autres, être complice des secrets qui se glissent imperceptiblement entre eux. L’alchimie opère ici jusqu’à un certain point. J’avoue que la fin m’a laissée un peu perplexe. Je ne sais pas si l’effet était voulu et si l’auteur souhaitait nous mettre dans le même état que son narrateur, ou s’il s’est juste emmêlé les pinceaux dans une issue décevante. Toujours est-il que l’on reste un peu sur sa faim, d’autant plus que cette construction maline laisse finalement place à une longue tirade pour lever le voile sur l’ensemble de l’intrigue. Je déteste ce genre de subterfuge peu évolué : selon moi, un livre réussi se passe de l’explication des personnages puisque le lecteur parvient tout seul aux conclusions auxquelles l’auteur veut l’amener.

Dommage donc que le dernier quart du roman ne tienne pas ses promesses.

Je finirai par dire que c’est un livre dangereux. Il est question de la mort à plusieurs reprises, mais aussi de la futilité de la vie : Le zéro et le un ne devrait pas tomber entre les mains d’un lecteur fragile mentalement parlant au risque de provoquer des dégâts.

1 réponse sur « Un livre dangereux (Le Zéro et le Un, Ryan Ruby) »

[…] Il s’agit de la première œuvre de la grande romancière américaine, Donna Tartt. Profond, construit intelligemment, ce livre nous emporte dans les États-Unis des années 1970 (une fois n’est pas coutume, je crois que les histories qui se passent à cette époque ont un effet aimant sur moi), dans le froid et la neige du Vermont. La météo semble illustrer les relations humaines dépeintes ici, perverse, imprévisible, glaçante. Chacun, tour à tour, voit son égoïsme souligné, décortiqué. Le narrateur, Richard âgé, se remémore son passé, ces événements, et c’est donc le fil de sa pensée qui se débobine dans ces pages. Certaines de leurs péripéties, certains dialogues sont flous dans sa mémoire, d’autres semblent avoir eu lieu la veille. Toujours est-il qu’il nous emporte avec lui au cœur du mystère et du vice. Chacun agit selon son intérêt propre, les alliances au sein de cette bande se font et se défont au grès des envies et des circonstances. Ils sont tous prêts à s’en détacher, un peu, en apparence, devenant une sorte d’électron libre qui, sous couvert de sympathie n’hésitera pas à trahir, à décevoir, à bouleverser l’ordre établi, et même à tuer. La philosophie grecque est parfois utilisée comme prétexte, mais l’auteure ne s’en sert que comme d’une béquille, d’un moyen de donner chair à ses personnages, pas comme un leitmotiv redondant et peu clair, au contraire de Ryan Ruby (Le Zéro et le Un). […]

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