Catégories
Critiques cinématographiques Critiques, cinéma étranger

Liberté chérie (Sibel, Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti)

Des yeux verts, des boucles sauvages sans voile qui les emprisonne, des gazouillis d’oiseau et une volonté farouche d’être libre. Voilà Sibel (incarnée par Damla Sönmez, petite star en Turquie). Ce désir de liberté s’exprime d’ailleurs sans réelle réflexion, elle veut faire comme elle l’entend et elle le fait, c’est tout.

Elle vit dans un petit village au Nord-Est de la Turquie avec son père, le maire, et sa petite sœur, une vraie peste qui veut faire tout comme tout le monde (comme toute adolescente) et ne supporte pas le fardeau que représente cette aînée muette qui siffle à qui mieux mieux pour se faire comprendre. Elle lui fait honte, elle ne respecte pas vraiment les convenances et passe son temps dans la forêt pour essayer d’y retrouver le loup que craignent les villageoises et regagner ainsi leur respect. Parce qu’elle a beau donner le change, Sibel souffre de cet isolement : seul son père, veuf, paraît la soutenir, l’aimer et la reconnaître comme une personne en tant que telle. Il semble être la parfaite dénonciation du patriarcat turc à lui tout seul, en tout cas au moins jusqu’à ce que sa fille soit vue en compagnie d’un inconnu, dans les bois… C’est son secret à Sibel, elle s’éprend d’un homme en fuite qu’elle soigne comme elle peut et ainsi elle se révèle, se sent plus femme qu’handicapée, plus libre que celles qui peuvent parler.

On peut penser à Princesse Mononoké, jeune femme en communion avec les bois, sa peau de loup sur le dos et ses yeux verts perçants, en voyant Sibel, et ce ne serait pas étonnant : les deux réalisateurs (Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci, en couple dans la vie) ont vécu quelques années au Japon et ont été profondément marqués par l’animation japonaise. Si lui est Français, elle est Turque et c’est cette ambivalence, ce mélange de cultures et d’influences qui nourrissent le film. La nature est à l’honneur, tant et si bien que la musique instrumentale est absente de la réalisation qui fait la part belle aux bruits de la forêt.

Ce petit village existe, et les deux amoureux s’y sont rendus pour parler aux habitants, s’imprégner des coutumes, comprendre comment ils vivent et surtout savoir si ce qu’ils avaient lu dans « Les langages de l’humanité » était véridique. Et cela l’était ! « Nous avons découvert Kusköy – qui signifie village des oiseaux. Nous craignions un peu que ça ne soit que du folklore, que seuls quelques vieux parlent cette langue. Ça n’a pas été le cas. (…) Dès que les smartphones ne captent plus en montagne, ça commence à siffler. Le son se diffuse beaucoup mieux ainsi. » confient-ils.

Une très belle découverte, pleine de finesse dans la réalisation et dans le message. Beaucoup de poésie aussi, jusque dans les dernières images.

PS : avis aux âmes sensibles, prévoir une écharpe dans laquelle plonger lors de la scène où Sibel recoud son mystérieux ami…

La bande-annonce ici 🙂

5 réponses sur « Liberté chérie (Sibel, Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti) »

Moi aussi Mustang m’avait bouleversée… Le ton est beaucoup plus léger ici et on sent que le handicap de Sibel lui permet de jouir d’une liberté dont sont privées les sœurs dans Mustang… j’apprécie la référence 😉
Merci à toi du commentaire !

Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s