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Tout n’est pas rose à Hollywood (Ma vie avec John F. Donovan, Xavier Dolan)

Un bijou de réalisation que ce dernier Dolan. On retrouve sa patte inimitable, ces très gros plans, cette manière de filmer en transparence, en gênant l’objectif par de poétiques éléments (des feuilles par exemple).

La célébrité est le thème phare de ce film, mais il est aussi question de secrets, de douleur, d’amour et, comme bien souvent dans les réalisations du Canadien, d’homosexualité. Kit Harington (dont le visage est toujours aussi attirant que dans Game of Thrones) hérite du rôle de John F. Donovan, étoile montante d’Hollywood, qui, bien que donnant son nom au titre, n’est pas le seul personnage principal de la réalisation. Son fan, celui qui lui écrit une lettre à 9 ans et qui entame ainsi une correspondance avec cet idole, est tout aussi présent à l’écran, si ce n’est plus. Au moins de par sa voix puisque, devenu adulte, Rupert (Ben Schnetzer) narre la vie de cette star. En parallèle, il raconte son enfance de jeune acteur en devenir. L’histoire de chacun est rythmée par leur échange de lettres, de confidences. Jamais il ne sera question d’orientation sexuelle ou de choses que le jeune garçon ne peut pas comprendre mais les deux s’écoutent et trouvent en l’autre l’écho de ses propres souffrances. Jacob Tremblay, qui donne vie au jeune Rupert, est juste génial et le film vaut le détour rien que pour sa bouille adorable. Sam, sa mère (Natalie Portman, touchante) tente comme elle peut de canaliser la fougue de son fils et l’idolâtrie qu’il nourrit pour Donovan.

Ce film, c’est aussi l’histoire des rêves des enfants, de ceux qu’ils imaginent vrais quand ils ne le sont pas : sauf que cette fois, les fantasmes ne se contentent pas de paraître réels, ils le deviennent. La correspondance n’est pas rêvée par Rupert, elle existe, contrairement à ce que croient ses camarades. « (Ce film) parle de nos tout premiers fantasmes, qui sont parfois accueillis avec mépris et réduits à néant – ou pas – quand ils sont confrontés au principe de normalité. Il parle de la difficulté d’être soi-même dans un monde de faux-semblants. » confie Xavier Dolan. C’est ces deux destins mêlés qu’il donne à voir, entremêlant la vie de ses deux héros. D’un côté John, jeune acteur à succès un peu dépassé par les événements et marié à Amy malgré son homosexualité, et de l’autre Rupert et sa vie de jeune collégien américain propulsé à Londres, moqué par ses pairs, en décalage et dans la lune, perdu dans son monde imaginaire. La célébrité et ses contraintes, ce qu’elle apporte mais surtout ce qu’elle détruit sont aussi des éléments à part entière du film : la horde de fans qui suit John, les rumeurs, les journaux qui dissèquent sa vie. La tragédie qui s’en suit. Tout n’est pas rose à Hollywood.

La figure de la mère, marquante dans Mommy ou Juste la fin du monde, est ici importante également. Alors que Sam tente de faire au mieux, très proche de son fils et essayant de le préserver des ravages de la célébrité qui l’a détruite, la mère de John (Susan Sarandon) est envahissante, extravagante, et son rapport à la boisson n’est pas net (on se rappellera là encore de Die ou de Martine, le verre à la main).

La bande-son est top (je sais, je le dis souvent), la musique, puissante, accompagne la performance des comédiens, met en avant leurs peines et leurs bonheurs et, de nombreuses fois, s’arrête brutalement pour laisser place au jeu et aux dialogues.

Xavier Dolan avoue avoir puisé dans son histoire pour l’écriture de ce film : à huit ans, il écrivit à Leonardo DiCaprio mais n’obtint jamais de réponse.

À travers les très gros plans et autres stratégies cinématographiques, on apprécie la poésie de sa caméra. Les larmes, le grain de la peau des acteurs, le regard et les lèvres, tout est passé au crible pour souligner les émotions, le jeu juste, la douleur et la joie.

Ma vie avec John F. Donovan, c’est le film des sentiments, de la déchirure et de l’amour, tout cela se mêlant pour laisser un goût doux-amer sur la langue.

La bande-annonce ici 🙂

3 réponses sur « Tout n’est pas rose à Hollywood (Ma vie avec John F. Donovan, Xavier Dolan) »

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