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Romans français

Un polar un peu décevant (Le douzième chapitre, Jérôme Loubry)

L’écriture manque de fluidité, le style est un peu laborieux. La police du tapuscrit reçu par David, le héros, est en italique et cela rend la lecture un peu pénible, tout comme la construction du roman – pour le moins anarchique. L’idée est assurément de nous faire attendre et de faire grimper le suspense puisqu’à chaque semi-révélation, la narration prend un tour différent et change de main.  On passe régulièrement du point de vue de David, narrateur à la première personne, aux pages de ce livre qu’on lui a envoyé et qui parle de son enfance. Ensuite, s’intercale de temps à autres un chapitre nous ramenant en 1986 dans les pensées de Paul Vernon, le chef de l’usine où travaillent les parents. Puis on trouve toujours un autre personnage – en fonction des circonstances bien sûr – qui prend la relève en tant que focaliseur. Ce va-et-vient est quelque peu lassant à la longue, même si certains éléments parviennent à nous intriguer.

Les personnages ne sont pas vraiment attachants, peut-être parce qu’on les connaît surtout à travers les yeux de celui qui a écrit le tapuscrit. Celui-ci ne souhaite pas forcément les montrer sous leur meilleur jour mais cherche surtout à être objectif et à se rapprocher de la réalité. En tout cas, nous ne nous identifions pas à eux ni ne les trouvons particulièrement sympathiques.

Voilà le topo du Douzième Chapitre : trois tapuscrits, tous identiques sauf en ce qui concerne leur douzième et dernier chapitre sont déposés dans trois boîtes aux lettres différentes. L’un s’adresse au sourd, l’autre au muet et le dernier à l’aveugle, ainsi que l’auteur nomme les destinataires. David, le héros, donne ses réactions d’adulte au fur et à mesure qu’il découvre ces pages qui évoquent un triste été, celui qui précéda la fermeture de l’usine où travaillaient tous ceux qui appartenaient à son monde d’enfant. Enfant d’ailleurs ? Il est alors censé avoir onze ans et oscille donc entre l’enfance et l’adolescence qui se rapproche, pourtant les mots qu’on lui fait prononcer sonnent faux – tout comme le langage de Samuel (son meilleur ami aujourd’hui devenu son éditeur) et de Julie, la petite nouvelle de la bande, celle qui fait peu à peu chavirer le cœur de David. Leurs phrases paraissent empruntées aux grands ou alors au contraire trop enfantines, mais le ton adopté ne semble que peu crédible.

Pour ne pas être trop négative au sujet d’un livre qui ne le mérite pas non plus, il faut saluer les rouages de l’histoire. Même si les révélations finales ne surprennent pas tant que ça à l’arrivée, le suspense donne envie de continuer à lire et de comprendre tout ce qui se passe. David est écrivain lui-même et lit un livre qui retrace son passé – on notera donc la mise en abyme de l’auteur qui écrit sur un auteur qui s’interroge sur un auteur.

Beaucoup de maladresses donc dans ce deuxième roman de Jérôme Loubry, mais l’histoire est plutôt bonne et la construction hasardeuse arrive à nous perdre un peu pour mieux nous rattraper à la fin. On reste quand même sur notre faim quand la lecture du Douzième chapitre se termine…

6 réponses sur « Un polar un peu décevant (Le douzième chapitre, Jérôme Loubry) »

Le premier livre, déjà, m’avait laissé quelque peu sur ma faim. Je ne trouve pas que le style de Jérôme Loubry soit transcendant. Mais c’est tout de même un bon thriller. Je me méfie quand les avis sont trop unanimes pour saluer un livre d’où le fait que j’apprécie ta critique et sa sincérité 🙂 un livre de moins à lire dans ma PAL 😉

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