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Les débuts du féminisme (Marie Stuart, reine d’Ecosse, Josie Rourke)

Saoirse Ronan, déjà repérée dans Sur la plage de Chesil, a un jeu d’une justesse sidérante. Son interprétation de Marie Stuart n’est assombrie par aucune fausse note, ses larmes aussi bien que ses rires, sa complicité avec ses dames de compagnie aussi bien que sa rivalité avec son frère paraissent plus vrais que nature. Son personnage passe par toutes les émotions et elle les incarne toutes avec brio. L’Irlandaise dit avoir toujours eu un faible pour cette reine écossaise, peut-être parce que les deux pays ont beaucoup en commun. En tout cas, elle était destinée à ce rôle puisqu’elle avait déjà tourné, à 18 ans, un biopic sur la souveraine, biopic qui n’a jamais vu le jour.

Margot Robbie, qui n’a jamais rencontré Saoirse avant leur face à face pour ajouter à la véracité de la scène – pourtant fictive, est également assez impressionnante et elle a d’ailleurs été nominée en tant que meilleure actrice dans un second rôle pour les British Academy Film Award. D’une blancheur immaculée lors des scènes finales, le visage couvert de pustules lorsqu’elle a la variole, les lèvres tremblantes et le regard fou alors qu’elle demande à celui qu’elle aime d’épouser Marie pour garder une main mise sur l’Ecosse. Elle incarne la Reine Vierge, celle qui se protégea ainsi de toute manigance masculine (mais pas de tout sentiment). Elizabeth Ière n’a en effet jamais souhaité se marier pour éviter tout complot. Protestante, elle fut la principale rivale de Marie, catholique. Toutes deux échangèrent de nombreuses lettres durant leur vie et Elizabeth fut la marraine de son fils, James (celui qui unirait les deux royaumes quelques années plus tard).

Que ce soient les décors (révélant une Ecosse plus belle que jamais), les costumes, ou encore le jeu des acteurs, rien ne nous déçoit dans ce film historique. Cinq langues ont été parlées sur le tournage, et tout sonne très vrai : du français de Saoirse à l’anglais écossais aux « r » roulés en passant par l’italien de l’ami et confident de Marie.

C’est un film féministe. Josie Rourke, la réalisatrice, confie d’ailleurs : « J’ai vraiment eu envie que deux femmes dominent le récit et qu’elles mènent l’histoire. Il faut chercher longtemps pour trouver des films où les deux protagonistes qui font avancer l’histoire sont des femmes. »  Marie se mariera par amour et non par intérêt religieux ou politique, et Elizabeth résistera à tout prétendant, craignant trop pour sa couronne. Même si la première se fera avoir par de nombreux hommes, elle aura toujours en elle un soupçon de panache et de rébellion, précurseur du féminisme actuel. Les deux femmes apparaissent tour à tour à l’écran, le visage des actrices mis en avant par beaucoup de gros-plans soulignant leur jeu irréprochable. Et puis arrive ce passage magistral où le face à face se passe presque en transparence, à travers des voiles tendus entre les deux héroïnes. Certes inventée, cette scène très poétique apporte beaucoup à la réalisation dont l’ensemble converge vers ce moment. La mise en scène très théâtrale nous rappelle que Josie Rourke est avant tout metteur en scène : ses talents donnent une touche originale au film et lui confère une profondeur appréciable.

Quelques invraisemblances malgré tout troubleront le spectateur, et c’est tellement dommage au vu de la qualité de l’ensemble… Est-ce que Thomas Randolph, ambassadeur anglais, aurait vraiment dû être incarné par un acteur noir (Adrian Lester, très bon soit-dit-en-passant) ? De même, certaines dames de compagnie d’Elizabeth ont un joli teint métissé qui n’était pas nécessairement du meilleur ton à l’époque… Rappelons que nous sommes à la fin du XVIème siècle, et que la société anglaise de l’époque était blanche.

Rien à voir avec La Favorite, malgré la presque simultanéité de leur sortie en salle : si l’un est grinçant et à la limite de la satire, le second tente de coller au plus près de l’Histoire en faisant écho à notre présent.

Un film à voir pour la performance des acteurs (des deux actrices surtout !), les connaissances historiques qu’il apporte, et les paysages qui donnent envie de partir en Écosse toute séance tenante.

La bande-annonce ici 😊

8 réponses sur « Les débuts du féminisme (Marie Stuart, reine d’Ecosse, Josie Rourke) »

J’ai trouvé la réalisation assez classique, mais la performance de Saoirse est effectivement extraordinaire. Elle porte ce film, on ne la lâche pas des yeux. On sent aussi qu’on est dans un cinéma post « me too » comme avec le film « La favorite » ou ce sont les femmes qui portent la culotte et les hommes ne sont plus que les jouets de leur volonté. Merci pour cette belle critique que je partage totalement 🙂

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