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Deux femmes, une reine (La favorite, Yorgos Lanthimos)

Rien que pour la performance d’une Emma Stone grinçante, boudeuse et manipulatrice, il faut aller voir ce film.

On y découvre des personnages historiques jusque lors peu connus, notamment Lady Sarah, devenue duchesse de Marlborough, ancêtre de Churchill. Elle est campée par Rachel Weisz, combattante à souhait et qui incarne la jalousie et l’opiniâtreté à la perfection. Pourtant, elle n’est que le troisième choix des réalisateurs : Kate Winslet était l’actrice pressentie pour le rôle, puis à son refus succéda celui de Cate Blanchett.

La Reine Anne (Olivia Colman, incroyable de folie et récompensée par un Golden Globe, un BAFTA et l’Oscar de la meilleure actrice), dernière des Stuart, n’est pas non plus la monarque britannique la plus connue. Elle souffrait de goutte, finit presque paralysée et incapable de parler, criait beaucoup, exigeait encore plus, était « furieuse » constamment écrit Jonathan Swift. Elle s’était entourée de dix-sept lapins représentant chacun de ses dix-sept enfants morts (le plus vieux ayant atteint l’âge de onze ans). Sarah Marlborough, la favorite, exècre ses petites bêtes grouillantes, et tâche de satisfaire la reine et ses désirs, ses caprices d’enfant pleureuse, pour mieux manipuler la politique et le débat entre Tories et Whigs. Les uns souhaitent la fin de la guerre contre la France, tandis que les autres veulent qu’elle continue. Mais la duchesse n’avait pas prévu que sa cousine, Abigail Masham (une Emma Stone très caustique), lui compliquerait la vie. Celle-ci, bien décidée à récupérer son titre de Lady en s’imposant peu à peu dans le cœur de la reine, évince sans vergogne ceux qui se trouvent sur son chemin.

Ce film, c’est l’histoire de trois femmes, une reine affaiblie et rendue folle par l’absence, et deux jeunes dames prêtes à tout pour toucher au pouvoir et se garantir une position sociale confortable.

La musique classique tantôt dissonante, tantôt perçante, est très présente – trop à certains moments. Elle accompagne les acteurs et semble même rythmer leur jeu, imposant tel un métronome la lenteur de certains mouvements, guidant les regards sur lesquels se concentre la caméra, friande de gros plans. Le sexe féminin a donc la part belle face aux hommes, très souvent ridiculisés par Yorgos Lanthimos. Ce dernier, réalisateur, s’est grandement appuyé sur Deborah Davis dont les recherches approfondies et les nombreuses lectures de la correspondance entretenue par Anne et Sarah ont nourri le scénario. Le dramaturge Tony McNamara a également eu son rôle à jouer dans la réécriture du script et on sent d’ailleurs son influence dans la mise en scène tant la théâtralité de certains passages est forte.

L’irrévérence est reine ici, on est donc bien loin des films d’époque classiques où les femmes se font discrètes face aux hommes et à leur toute puissance, où chacun se cache derrière des codes préétablis et très stricts. Non, ici, toutes se jouent de l’étiquette pour la tourner à leur avantage, et les hommes n’ont qu’à bien se tenir !

Un beau film, très bien joué, féministe tout en étant misogyne, et plein de cynisme. Les femmes, plus que centrales dans cette réalisation, se voient assimiler à des commères, des mégères, des instigatrices prêtes à tout pour parvenir à leurs fins.

Peut-être est-il un peu trop lent à certains moments, et certaines scènes sont-elles légèrement répétitives, mais l’ensemble reste une savoureuse chronique historique, pleine de traits d’esprit.

La bande-annonce ici 🙂

 

10 réponses sur « Deux femmes, une reine (La favorite, Yorgos Lanthimos) »

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