Les démons d’une gueule d’ange (My Beautiful Boy, Felix Van Groeningen)

Nic Sheff (Timothée Chalamet découvert dans Call me by your name) a 18 ans, il tente en vain de combler le vide de sa vie par des addictions diverses et variées. Au départ, alcool et joints, puis il passe aux choses sérieuses. Son père (Steve Carell) vit à côté de San Francisco, il est remarié et a deux enfants avec sa nouvelle épouse tandis que la mère de Nic vit à Los Angeles. Il ne la voit que pendant les vacances. David Sheff a toujours eu une relation très fusionnelle avec Nic dont il avait la garde et il tombe de haut en apprenant qu’il est devenu accro à la met. Il y avait eu quelques indices çà et là mais il n’a pas vu, n’a pas su deviner la spirale infernale dans laquelle Nic s’enfermait peu à peu. Il ne comprend pas : leur situation est confortable, la famille est heureuse, Nic est brillant, il écrit, lit beaucoup, se sent différent comme n’importe quel ado.

My Beautiful Boy est construit par cycles : cure de désintoxication, quelques temps de bonheur plus ou moins insouciant, rechute, cure de désintoxication et bis repetita. Felix Van Groeningen a choisi de combiner les mémoires du fils Sheff (Tweak: Growing Up on Methamphetamines) et celles du père (Beautiful Boy: A Father’s Journey Through His Son’s Addiction). C’est d’ailleurs de là que la réalisation tire son originalité : le point de vue est double et on ne s’est pas contenté de filmer l’addiction de Nic et ses trips toujours suivis de phases de dépression assez intenses. Le père et la famille entière de Nic sont confrontés au problème, à l’angoisse de l’overdose, puis à l’angoisse de la rechute, puis à celle de la fugue. Timothée Chalamet est à couper le souffle dans ce film, tantôt hagard avec son bonnet péruvien, le regard perdu dans la nuit trouble, tantôt libre comme l‘air sur les routes de Californie, tantôt appliqué dans la fabrication artisanale de sa drogue, tantôt grand-frère aimant avec sa fratrie. Steve Carell joue très bien également mais son cadet le dépasse et il est d’ailleurs nominé dans la catégorie meilleur acteur de second rôle pour les Golden Globes.

My Beautiful Boy est parcouru de flashbacks qui rendent le tout plus supportable : Nic enfant dans un aéroport avec son père, Nic dans les vagues avec son père, Nic se déchaînant sur du rock dans la voiture avec son père, Nic avec un joint à la bouche avec son père, prémices de ce qu’il découvrira ensuite et qui le rongera peu à peu. Ils amènent de la douceur au film et nous font nous sentir encore plus impuissants face à ce qui leur arrive, à lui et à sa famille.

La bande-son, mélange de morceaux déjà existants et mélange de genres (rock, punk, grunge) est top et permet d’accompagner à la perfection les scènes sans dialogues. Elle sert de fil conducteur pour rappeler le lien entre le père et le fils, tout comme le « everything » qu’ils se répètent presque à chaque au revoir.

Un magnifique film, dur sans être insoutenable, joué à la perfection. Les dernières images nous apprennent que la drogue est la première cause de mortalité chez les personnes de moins de 50 ans aux Etats-Unis. Tous devraient aller voir ce Felix Van Groeningen, du grand cinéma.

La bande-annonce ici 🙂

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5 commentaires sur “Les démons d’une gueule d’ange (My Beautiful Boy, Felix Van Groeningen)

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