Un amour impossible, Catherine Corsini

Après le roman autobiographique éponyme de Christine Angot, nous voici face à son adaptation cinématographique.

Ici, plus de Pierre mais un Philippe, plus de Christine mais une Chantal et seule la mère, Rachel, a conservé son vrai prénom. Si l’histoire reste identique et colle parfaitement aux confidences de l’auteure, celle-ci a été, selon la réalisatrice (Catherine Corsini), « d’un grand respect et (les) a laissées complètement libres ». Comme fil rouge, reliant le roman au film, Chantal (Jehnny Beth) nous lit certains passages, en voix-off.  Cela symbolise le point de vue de l’adolescente ayant grandi, renvoie indirectement au personnage central dans l’œuvre littéraire et à son évolution. Cependant, les phrases choisies semblent dénuées de tout jugement, et n’ont plus qu’une valeur descriptive.

Ici, c’est donc la mère (Virginie Efira, incroyable de justesse) qui a la part belle. Elle semble en effet capter davantage la caméra, l’intérêt de la réalisatrice : le scénario dépend d’elle bien plus que le roman, qui se reposait sur l’auteure, sur l’enfant qu’elle était et sur sa perception des choses. Catherine Corsini indique d’ailleurs avoir échangé avec la vraie Rachel, au sujet des décors, de certains détails. Virginie Efira a ainsi pu s’imprégner du personnage de la meilleure des manières. Elle a su incarner l’amoureuse désespérée mais forte, la mère célibataire et courageuse. Toute personne sachant ce que cela fait d’être celui qui aime le plus dans un couple, ce que cela fait d’être celui qui se bat pour sa survie, seul face à l’adversité, parvient à s’identifier à elle. Au début en tout cas – après, c’est plus compliqué, plus ambigüe. L’espoir sans borne, l’aveuglement, l’incapacité à voir l’inavouable finit par dépasser le spectateur. Philippe (Niels Schneider, stupéfiant), pervers narcissique fou d’arrogance et de nonchalance mêlées ne va en effet pas simplifier l’existence de la mère et de sa fille…

Puis, après la jeunesse de Chantal, dans les années soixante, la narration fait un bond dans le temps et nous emporte dans le présent de l’auteure. Voilà une Virginie Efira transformée par le maquillage, et Jehnny Beth succède enfin à Estelle Lescure (Chantal adolescente). Jehnny, une actrice quasi débutante, semble totalement en adéquation avec la violence contenue de la Christine Angot sulfureuse que l’on connaît, mais sa voix, particulière, n’est pas des plus douces. Elle donne tout de suite le ton, grâce aux phrases du roman qu’elle lit régulièrement en fond sonore. L’histoire ne sera pas douce, l’amour, impossible.

Le film dure plus de deux heures, ce qui le dessert, l’étire plus que de raison. Les champs contre champs, la lenteur de chaque plan, tout cela permet à la réalisatrice de rendre compte de la lourdeur de l’atmosphère, de faire sentir le drame qui se noue mais un allègement d’une demi-heure aurait sans doute donné plus de rythme à la réalisation qui se traîne. Quant aux scènes d’amour, elles sont filmées en gros plan et ne cachent rien de l’intimité des acteurs, ce qui ajoute un vulgaire non nécessaire. Certes, elles permettent sans doute de mieux comprendre la relation au sein de ce couple mixte (entre une jeune femme d’un milieu modeste et un homme fier de son appartenance à la bourgeoisie), mais elles se succèdent, et sont trop nombreuses.

La dernière partie surprend agréablement, et finalement, on ne regrette pas d’être resté jusqu’au bout. Le jeu d’acteurs est impressionnant, mais tout cela manque de dynamisme et ne retransmet que mal les phrases courtes et percutantes de Christine Angot.

La bande-annonce, ici.

4 réflexions sur “Un amour impossible, Catherine Corsini

  1. Ping : Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, Emmanuel Mouret – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

  2. anne

    mais non ce beau film n’est pas long , sinon comment rendre compte de la longue vie de cette femme? et surtout , ( moi c’est cela qui m’a interessée )de la vie de sa fille Chantal.
    je n’ai aucun goût pour la mauvaise litterature de Chr.Angot , mais je lirai peut être le livre

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    1. Eh bien chacun ses goûts, je ne trouve pas que la littérature de Christine Angot soit mauvaise, son personnage est juste atypique (et ce film que vous avez tant aimé rend compte de sa vie…). L’adaptation par contre traîne en longueur et ne parvient pas à donner corps aux mots si justes de l’auteure, les scènes crues sont trop nombreuses et les scènes sont d’une lenteur…

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  3. Ping : Un film étriqué (Sibyl, Justine Triet) – Pamolico : critiques, cinéma et littérature

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