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Critiques, cinéma étranger

Un film marquant par son militantisme et son humour (BlacKkKlansman, Spike Lee)

Mon premier Spike Lee. Agréablement surprise ! Le film mêle à la perfection action, humour, suspense, engagement et amour. Et méchants aussi, mais méchants réalistes, pas le type de méchants que l’on voit habituellement dans les superproductions américaines.

Non, cette fois, les méchants, ce sont les membres du Ku Klux Klan. Et croyez-moi, ils font peur. Ils font peur parce-que si certains, comme Connie la femme de Félix, l’extrémiste extrême (Jasper Pääkkönen), sont bêtes à en pleurer, d’autres ont des raisonnements qui ne semblent pas totalement dénués d’intelligence. Alors considérer les Noirs comme des sous-hommes, comme des animaux, comme des « niggas » comme ils disent, en ayant deux sous de jugeote, ça, ça fait vraiment peur.

Face à eux, Ron Stallworth (John David Washington, fils de Denzel Washington), un jeune officier noir qui vient d’être engagé. Pour faire ses preuves, il ne trouve rien de mieux à faire que d’infiltrer le KKK. Là vous allez m’arrêter : comment un Noir pourrait faire ça ? Rien de plus simple, il prête son identité à Flip Zimmerman (Adam Driver), flic blanc et juif, et lui se contente de répondre à leurs appels téléphoniques pendant que Flip est sur le terrain et échange avec ces brutes.

Le rythme est soutenu, la manière de filmer varie d’un plan à l’autre – lorsque Ron tente d’apprendre à Flip à parler comme lui, la caméra passe très rapidement de l’un à l’autre, alors que les plans sont plutôt longs dans les autres scènes. Spike Lee a multiplié les gros plans sur les visages, ce qui ne fait que souligner le jeu irréprochable des acteurs, la haine des uns, l’incompréhension des autres, et la rage habitant finalement les deux camps.

Le film est mené à la perfection selon l’autobiographie de Ron Stallworth lui-même, parue en 2006. Spike Lee a pris quelques libertés, comme tout réalisateur qui se respecte. Il a, par exemple, ajouté Patrice, jeune militante de la communauté noire-américaine, au scénario et ainsi conféré une dimension romantique à celle, engagée, du film. En plus de faire appel à l’un des premiers militants pour les droits civiques, Harry Belafonte – artiste de 91 ans qui a fait tourner l’ensemble de sa carrière autour de cette cause – Spike Lee a également utilisé certaines images d’archives. Au début de la réalisation notamment, de vieilles vidéos emplissent l’écran et ce, pour donner une résonance toute particulière à la fin de BlacKkKlansman, sonnant comme un retour en arrière phénoménal. En effet, si ce film est un hommage à ce héros inconnu, c’est avant tout un cri d’alarme. Ainsi, après 2h15 que l’on ne voit pas passer, les derniers plans du film sont des images des émeutes de Charlottesville ayant eu lieu en été 2017. Ce parallèle entre une période que l’on pensait révolue et un événement actuel qui reflète une idéologie toujours aussi raciste – et plus ou moins approuvée par Donald Trump, fait froid dans le dos et permet d’entériner ce film comme définitivement militant.

Pour voir une bande-annonce de ce film qui n’a pas fini de faire parler : c’est ici 😊

1 réponse sur « Un film marquant par son militantisme et son humour (BlacKkKlansman, Spike Lee) »

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