Une famille mal assortie ou un mariage amateur (Un mariage amateur, Anne Tyler)

Comme dans Une bobine de fil bleu, c’est l’histoire d’une famille. Ou non, plutôt d’un couple. Ils se sont rencontrés au début de la deuxième guerre mondiale et se sont mariés dans l’euphorie du retour de Mickael. Pauline est extravagante, fantasque, fofolle, loufoque. Mickael est taciturne, un peu renfermé, adore son épicerie et il ne supporte pas de déranger son quotidien. Pas grand-chose en commun donc. Et c’est ce dont ils vont se rendre compte au fil des jours, des semaines, des mois, des années, des disputes, des noms d’oiseaux, des naissances. Oui, Pauline et Mickael auront trois enfants. Trois enfants qu’ils aiment plus que tout mais qu’ils ont bien du mal à cadrer puisqu’ils n’arrivent déjà pas à se cadrer eux-mêmes.

Alors voilà, Un mariage amateur, c’est un roman plein de tendresse, de dureté aussi, de réalisme, de douceur et de tristesse. On retrouve le talent d’Anne Tyler pour les fresques familiales, pour raconter la vie d’un couple en allant de la rencontre des deux moitiés à la fin de cette paire. Les caractères des enfants, tous différents sont palpables : il y a le vilain petit canard – là encore comme dans Une bobine de fil bleue – qui s’envole du nid trop vite et refuse l’autorité, le garçon bon élève et plus terne, et la cadette, plus sage mais dans la lune. Et puis, les parents mal assortis. C’est ça, le portrait de famille des Anton. D’ailleurs on se demande pourquoi l’éditeur (J’ai lu, Calmann Levy a été plus malin) n’a pas choisi une telle photographie comme couverture. Parce que, le talent d’Anne Tyler, c’est de rendre un vieux cliché jauni par les années tout neuf, de l’animer. Grâce à elle, on voit l’image prendre vie sous nos yeux, Georges le nez dans un livre, Lindy boude tout de noir vêtu et tire la langue à l’objectif entre deux prises de vue et Karen se tient tranquille toute sage, se dandinant dans sa robe pastel. Les parents se disputent, la mère tape la main de son mari, il dit quelque chose, et au final, tout le monde part et la jolie petite famille éclate. C’est ainsi que l’on pourrait résumer ce livre. Mais après tout, peut-être qu’Anne Tyler, elle-même, a préféré cette femme tirant sur sa cigarette, considérant que l’héroïne de l’histoire, en fin de compte, c’est Pauline. J’ai du mal à le croire : l’attachement de l’auteure pour chacun de ses personnages est tangible, tout comme le montre le régulier changement de point de vue que n’empêche pas une narration à la troisième personne.

Les chapitres sont longs et rares puisque le changement symbolise une ellipse narrative et un saut dans le temps. Là encore, l’auteur maîtrise l’exercice à la perfection puisqu’elle prend soin de cartographier les événements marquants de l’existence des personnages, tout comme les faits plus anecdotiques en apparence. Jamais elle n’effectue des bonds dans le futur trop importants aux yeux du lecteur. Et jamais elle ne le lasse ni le perd. Et ça, c’est du grand art.

 

Pour en savoir plus sur ce petit bijou, c’est ici 🙂

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