Trois femmes, trois vies, un destin (Le chagrin des vivants, Anna Hope)

Au départ, sont livrées quelques pages sur la vie d’un soldat. Puis un astérisque s’en mêle, et alors Hettie se dévoile, en train de danser. Puis un autre astérisque coupe à nouveau la lecture et cette fois c’est Evelyne qui apparaît, assistant à un repas de famille. Enfin, une nouvelle et dernière étoile et alors la vieille Ada émerge des pages, en train de parler à son mari du jardin potager où il travaille.

De prime abord, aucun lien ne semble exister entre ces trois femmes. Et pourtant.

Anna Hope situe son roman en 1920, deux ans après l’armistice, deux ans après l’horreur, deux ans après le deuil. Chacune de ses protagonistes a perdu un être cher, perdu au sens premier ou figuré, un être sans lequel elles ne sont plus vraiment elles-mêmes. Chacune est liée à l’autre des héroïnes de ce livre par un subtil réseau de fils de soie, invisible en premier lieu.

Beaucoup d’amertume suinte de ce roman écrit au présent mais jalonné d’analepses, qui se présente comme un compte à rebours jusqu’au 11 novembre et la célébration de l’armistice – amertume de ces femmes, détruites avant l’heure par le poids des responsabilités, des non-dits, et par le chagrin, le chagrin des vivants. Mais ce livre, c’est aussi leur apaisement une fois que se révèle l’incompris, le flou, que les soldats leur deviennent moins étrangers à elles, mais aussi à la ville qu’ils ont réinvestie, à Londres.

Malgré toute la délicatesse sur laquelle est bâtie Le chagrin des vivants, la fin brise cette subtilité, y met brutalement fin. Pourtant, après réflexion, le lecteur y trouve un sens, la voit comme un moyen de lier les deux héroïnes qui ne l’avait pas encore été, et de clore le cercle, de boucler la boucle. En outre, cette fois, le fil de soie qui les unit ne découle pas de la guerre, mais annonce davantage une renaissance.

Pour en savoir plus sur ce premier roman qui ne semble pas en être un tant il est maîtrisé : c’est ici.

3 réflexions sur “Trois femmes, trois vies, un destin (Le chagrin des vivants, Anna Hope)

  1. Ping : La ronde des sentiments à l’asile (La salle de bal, Anna Hope) – Pamolico : critiques, cinéma et littérature

  2. Ping : Ils me font envie, vous les avez lus ! #15 – Les miscellanées d'Usva

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