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Romans français

Une poésie douce-amère (La femme qui ne vieillissait pas, Grégoire Delacourt)

On retrouve la plume légère et profonde à la fois, dure dans ce qu’elle dit de nous, crue, et poétique dans sa manière de le dire. J’ai lu tous les romans de Delacourt, tous dévorés, et celui-là est sans doute le plus doux. L’histoire d’une femme qui ne vieillit pas de l’extérieur, qui voit son monde se faner mais qui, elle, reste intacte, inaltérée par le temps telle la rose de la Belle et la Bête, sous sa cloche de verre. Beaucoup de discours indirect dans cette œuvre, beaucoup de phrases longues et douces-amères, tristes et belles à la fois, pour dire le destin de cette pauvre Betty que tous envient mais qui ne veut pas de cette malédiction. Les photographies se succèdent, un an après l’autre, et pas une ride ne vient orner sa peau, décorer son visage, conter ce qu’elle a vécu.

Même si l’idée de départ peut laisser perplexe – et si certaines précisions sont répétitives (comme le nom de la prof de yoga), l’auteur s’attaque, sous couvert de poésie, au culte de la jeunesse que voue la société actuelle, et il réussit assez bien. En refermant ce roman, je pense ne pas avoir été la seule à me dire que vieillir, c’est la vie, ça a du bon, et c’est comme ça. Vouloir changer le cours des choses ne peut pas apporter le bonheur – ou plutôt si, le bonheur et son côté si éphémère mais pas la joie. Certes, la normalité n’existe pas, mais être « normal » physiologiquement parlant, être semblable à la majorité, c’est peut-être bien l’un des éléments indispensables à l’atteinte de la joie.

Et petit plus : c’est avec cette critique que j’ai choisi de participer au prix du Roman des Etudiants France-Culture Télérama (https://fr-fr.facebook.com/Romandesetudiants/) 🙂

Une réponse sur « Une poésie douce-amère (La femme qui ne vieillissait pas, Grégoire Delacourt) »

[…] Avec ses phrases courtes au rythme pourtant envoûtant et aux images romantiques, Grégoire Delacourt a pour habitude d’écrire des romans sur « ceux d’en bas », sur des gens dignes qui aimeraient mener une existence plus digne justement. Après Mon père, il renoue avec ces sujets sociaux, en mêle trop, rendant Un jour viendra couleur d’orange presque indigeste, trop engagé – à moins qu’il ne se contente d’adopter les points de vue de ses manifestants blessés, meurtris par les politiques jugés trop politiciennes du gouvernement actuel. C’est malgré tout un livre plein de douceur et de finesse, de douleur qui transforme les mots en sucreries douces-amères. Les invraisemblances sont très nombreuses mais le lecteur finit par ne plus les relever, touché par cet enfant et par son entourage, par Djamila et ses frères qui disparaissent sous leur kami, par la cabane dans la forêt et par les mots d’une France exsangue qui sonnent justes. De l’âge de Geoffroy naît sans doute la plus grande incompréhension du livre : treize ans, c’est trop jeune pour ce qu’on dit de lui, pour ce qui lui arrive. À la fois trop jeune et trop vieux, comme si l’auteur, à l’image de Tracy Chevalier dans Le nouveau, était capable de placer des phrases belles et vraies dans la bouche de ces enfants mais ne pouvait leur donner un âge, créant comme des allégories qui existeraient dans un autre monde, dans un ailleurs qui rendrait leur existence impossible. Bouleversante, cette sorte de conte a donc nombre de défauts, d’incohérences mais l’intention est belle – et le résultat aussi, à condition de le voir comme un livre venu d’ailleurs, comme une fable métaphorique vomissant les maux de notre société fragile et malade, à l’image de La femme qui ne vieillissait pas. […]

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