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Une étincelle manquante (Mon traître, Sorj Chalandon)

J’ai eu du mal à vraiment m’immerger dans l’histoire. Ce bar embrumé, qu’on imagine bruyant et rempli d’échos de voix bourrues, de relents de bière. Ce luthier un peu paumé à qui un irlandais, un vrai, apprend à « pisser ». Dit comme ça, ça décontenance et c’est l’effet que l’on ressent à la lecture des premières pages. Et puis le style de Chalandon, presque journalistique tant il s’est imprégné de l’histoire, détruit toutes nos réticences et nous voilà en Irlande du Nord, dans le crachin, entre les murs gris où se cachent des hommes et des femmes prêts à tout pour défendre leur chez-eux contre l’envahisseur.

La timidité dont on fait preuve vis-à-vis de ce livre au début, on la retrouve à la fin. On se dit : c’est tout ? Il me manque quelque chose pour épingler ce roman au mur de mes favoris : la fin est trop plate, trop décevante, et peut-être trop convenue. Alors oui, c’est vrai, c’est l’Histoire de cette nation et forcément, on s’attend au dénouement, rien qu’à lire le titre. Mais quand même. Le récit mené avec une plume si alerte et si tendre en même temps, qui parvient à dépeindre une tristesse indéniable mêlée à une résignation et à une convivialité incroyable, mériterait mieux, plus fort et plus détonnant. Parce que, une fois que la détonation – que l’on attend un peu, il faut le dire – a eu lieu, et bien, plus rien. La faute à l’auteur aussi, il nous a habitués à plus de surprise et à une chute plus magistrale et moins attendue. Bon, peut-être est-il juste indispensable de lire le roman qui complète celui-là, Retour à Killybegs, qui présente le point de vue du traître. Mais en attendant, on reste sur sa faim.

Malgré tout, ce n’en est pas moins un très bon livre, qu’il est difficile de lâcher tant les phrases courtes, percutantes et allant droit au but, parviennent à nous faire sentir que nous sommes là – comme l’auteur l’a été, que c’est un peu notre histoire, autant que la sienne – et ce même si pas la moindre goutte de sang irlandais ne circule dans nos veines.

1 réponse sur « Une étincelle manquante (Mon traître, Sorj Chalandon) »

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