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Romans français

Un roman historique à glacer le sang (L’affaire Léon Sadorski, Romain Slocombe)

Une enquête policière que l’on a du mal à reposer tellement l’intrigue est accrocheuse. Passant outre l’idéologie monstrueuse du héros – qui ne fait que rajouter un charme réaliste au livre – le récit nous transporte dans le Paris de l’Occupation, à une époque pas si lointaine, ce qui est encore plus effrayant au vu de ce qui s’y passe. Bien entendu, on a tous étudié la Seconde Guerre Mondiale à l’école, mais ici l’auteur propose un point de vue rarement livré – celui d’un flic français collabo. Le personnage est détestable – on le découvre en premier lieu antisémite, puis anti-communiste, puis sadique, puis ayant des tendances pédophiles – mais ses aventures n’en sont sûrement que plus palpitantes. Même si des sursauts d’effroi nous parcourent à la lecture de certaines lignes, l’histoire de cet infâme Léon Sadorski tient en haleine jusqu’au bout. Le style est à l’image de sa mentalité, crue, et l’auteur ne nous épargne que peu de détails trashs et sanglants.

Plusieurs histoires se croisent et s’emmêlent pour ne finalement former qu’un seul imbroglio dont il nous tarde de connaître l’issue, d’autant plus que Sadorski prend des risques inconsidérés pour satisfaire une simple curiosité morbide. Les quelques cinq cents pages de Romain Slocombe donnent à voir les rapports de domination entre Allemands et Français de l’époque, et la volonté de satisfaire, et ce, à n’importe quel prix. Quelques flash-backs donnent une profondeur de champ supplémentaire au roman, et permettent de mieux saisir ces rapports de force et leur origine profonde.

L’écriture est franche, percutante, et sans réelle fioriture, des descriptions peu avenantes font l’effet d’une douche froide, nous confrontant avec la réalité carcérale et, plus généralement, donnant vie à une banalisation de la mort. Un livre perturbant mais à côté duquel il serait dommage de passer sans s’y plonger, les yeux écarquillés et les lèvres mordues jusqu’au sang.

Seul petit reproche : la quatrième de couverture ne rend pas justice à un roman qui mérite vraiment que l’on s’y plonge. Ne pas se laisser rebuter par les deux ou trois premiers chapitres qui nous donnent envie de changer de lecture, ni par les quelques rapports jalonnant le récit ou encore par la couverture dont l’illustration peut laisser perplexe.

S’accrocher vaut vraiment le coup, ce roman n’était pas dans la sélection Goncourt 2016 pour rien !

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